img402

 

Circulaire MUSALAHA Avril 2011

 

De profonds changements dans le monde arabe

En janvier, j’ai été à Amman en Jordanie. J’y a ai visité une cousine, une jeune femme parlant couramment l’anglais. Elle est arrivée en voiture, avait 2 téléphones portables et un ordinateur sur elle. Elle représente ainsi la nouvelle classe moyenne au Proche Orient. Elle fait partie de ce groupe de jeunes femmes et de jeunes gens, qui sont fiers de le réussite, qui sont confiants dans leurs capacités et qui aspirent au changement.

Bien sûr nos entretiens se sont concentrés sur les évènements récents de Tunisie, d’Egypte et dans d’autres pays. Je lui ai bien sûr demandé son avis, et à ma grande surprise, sa réponse a été sans ambiguïté : « Le monde arabe doit changer ! » Elle a parlé de son souhait de réformes dans le domaine politique et économique.

Le ton était sans équivoque, cela m’est resté. Il y a un profond désir de changement dans le monde arabe. A mon retour, je me suis entretenu de toutes ces choses avec mes parents. Ils sont bien plus pessimistes que ma cousine, et ne veulent pas admettre que ces évènements sont synonymes de révolution.

Cela me semble caractéristique de la différence entre les générations. Après avoir vécu toutes sortes d’espoirs puis de répressions, le scepticisme de mes parents est compréhensible. Cependant je crois que nous assistons malgré tout à de profonds changements dans le monde arabe. Ces changements sont apportés par la jeune génération. Ces gens sont, comme ma cousine, jeunes, très doués et bien formés, ils parlent anglais, sont reliés au monde par Internet et les réseaux sociaux. De plus ils sont motivés, prêts au changement et prêts à en payer le prix.

Tout le monde a été surpris : les régimes qu’ils veulent faire tomber, les experts et commentateurs occidentaux. Au départ, beaucoup d’observateurs pensaient qu’il s’agissait là d’évènements sans lendemain, que ces manifestations finiraient pas être réprimées dans le sang, comme par le passé en Iran. Quelques affirmations pessimistes reposent sur des aprioris contre les Arables, comme les a décrits Edward Said dans son livre innovant « Orientalisme » : Le monde arabe serait condamné a toujours vivre sous le joug de dictateurs, cela fait partie  du caractère « oriental ».

Cette affirmation est manifestement remise en question, mais une question demeure : quelle sera la suite ? A qui ressemblera le Proche Orient quand les choses se seront calmées ? Plusieurs m’ont déjà demandé mon avis, mais, jusqu’à présent, je me suis bien gardé de dire quoi que ce soit. Je pense qu’il serait présomptueux (et bête) de vouloir prédire ce qui va arriver, surtout au vu de la vitesse des évènements. Cependant, j’aimerais vous faire part de quelques unes de mes réflexions de fond, pas dans le sens de prophétie, mais plutôt comme possibilités d’évolution.

 

Comment un tel processus avance-t-il ? Comment se répandent ces nouvelles idées ? Les historiens qui ont étudié l’expansion du christianisme dans l’empire romain, ont identifié une série de conditions qui ont permis ce processus, et il y a, me semble-t-il des similitudes. Il y a eu, par exemple, les célèbres routes romaines les reliaient les diverses parties de l’empire romain entre elles, ce qui a permis les échanges sans limites. La poste romaine était phénoménale, basée sur l’armée romaine, et partit-il, il ne fallait pas plus de 40 jours pour qu’un message atteigne l’extrémité de l’empire. C’était incroyablement efficace, et cela rendait les communications très rapides. La langue grecque, parlée dans tout le bassin méditerranéen a été utilisé comme langue véhiculaire. Ainsi des gens de diverses cultures pouvaient parler entre eux, et l’échange des idées n’était pas bloqué par des barrières linguistiques. Est aussi apparue à cette époque la traduction de la Bible en grec, la Septante, ce qui a permis aux hommes de lire eux-mêmes la Bible.

Toutes ces activités, ces échanges d’idées, et le contact avec les nouvelles manières de penser, ont préparé les gens dans tout l’empire romain à des bouleversements de la pensée, et à recevoir de nouvelles idées religieuses et politiques. La présence des Juifs, partout dans l’empire, en particulier dans les villes, a joué un grand rôle. On peut découvrir cela en lisant les récits des voyages de l’apôtre Paul. On y voit Paul visiter la synagogue dans chaque ville qu’il visite, il y rencontre les juifs et leur parle de Jésus à partir des écritures juives. C’est de cette façon que le message de Jésus a atteint toujours plus de juifs et de non-juifs.

Aujourd’hui, on voit des causes similaires qui ont conduit à la révolte contre l’injustice et à la demande de liberté et de justice au Proche Orient. Les voies de communication se trouvent sur internet, où des blogs, les réseaux sociaux, les, vidéos sur YouTube aident les gens en révolte à s’organiser, à transmettre les messages et ainsi à allumer de nouveaux foyers de contestation. Ces échanges massifs d’idées, en dehors du contrôle de toute censure, cela n’existait pas il y a 10 ans. La jeune génération en fait largement usage. Il est aussi remarquable de constater l’usage généralisé de l’anglais, le haut niveau de formation des gens, la prise de conscience politique et sociale qui va avec, et aussi l’afflux des personnes vers les grandes villes.

En observant les révolutions tunisiennes et égyptiennes de grandes différences par rapport à d’autres révolutions sont apparues. Le mot d’ordre a été la « non violence », une rencontre interreligieuse qui a permis la rencontre de chrétiens et de musulmans, hommes et femmes dans le respect mutuel. Bien sûr, il ne faut pas idéaliser ce mouvement de protestation, ce n’est sûrement pas le top, et il y aura des erreurs, et on ne peut pas ne pas voir un exemple. Il a été frappant de ne pas voir ces caricatures d’ « arabes en colère », jetant des cailloux, le poing levé et soulevant des foules, vision oh combien répandue dans notre monde occidental.  Au lieu de cela on a vu des jeunes gens et des jeunes femmes voilées ou non, marchant calmement en réclamant  la liberté et la démocratie.

Ces soulèvements ont plusieurs sens pour Musalaha. Il est encourageant de voir que des hommes se lèvent contre l’injustice et réclament leur liberté.  C’est un bon signe pour toute personne travaillant pour la paix, la justice et la réconciliation. Cela renforce notre foi dans ce mouvement de fond, qui est justement aussi à la base de Musalaha. Nous travaillons aussi avec des personnes en vue, mais cette vague de fond de soutien, que nous avons vue apparaitre en Tunisie et en Egypte, c’est là en fait notre objectif. Le monde entier a pu voir la puissance de chacun face à une bureaucratie inhumaine et à l’oppression, et cela a pu en inspirer plus d’un qui travaille pour le changement. Et finalement, cela a été une révélation que de voir l’influence et la portée d’internet et des réseaux sociaux tels que Facebook. Nous avions commencé à utiliser internet dans notre travail, mais là il s’agit d’une toute autre dimension : internet permet une communication par delà les frontières. On ne peut pas toujours se rencontrer physiquement, mais on peut le faire « en ligne » !

Charles Kraft de l’institut théologique Fuller a beaucoup écrit sur les mécanismes du changement, et on peut voir que plusieurs de ses observations (du point de vue de l’anthropologie chrétienne) sont justes. « Au début de tout changement, apparait un nouveau point de vue », écrit-il. Cela signifie que le changement commence là où ou les gens commencent à réfléchir différemment. Ce changement de la pensée peut être causée de différente manière, mais idéalement, cela provient du domaine de sa propre culture. Quelques fois les causes sont externes, mais le changement est plus rapide et produit des effets positifs si cela est le résultat de processus internes. Nous avons observé que des changements apportés de l’extérieur, même de la part de missionnaires, ont souvent des effets négatifs. Ils font appel à des changements psychologiques, qui peuvent démoraliser les gens, voir les conduire à la mort dans leur manière de se comporter. C’est pourquoi, nous ne sommes pas contre le changement, mais nous voulons veiller à la manière de faire, et voir par qui et comment ces changements sont apportés.

L’invasion américaine d’Irak, par exemple, a été une tentative de changer de pays et d’apporter aux Irakiens la démocratie et la liberté. La manière de faire a été contestable et en partie parce que cela a été imposé de l’extérieur. Kraft a prévenu : « Un changement constructif ne peut pas être imposé de l’extérieur. Une manipulation depuis l’extérieur peut effectivement apporter un changement dans les attitudes, mais tôt ou tard il y aura une réaction contre ces changements.  Ces réactions détruiront tout ce qui a été apporté. » Au contraire, en Tunisie, en Egypte et en Lybie, on assiste à des changements, tout aussi radicaux, mais venant de l’intérieur.

Cela ne signifie pas que le changement sera plus facile, mais cela veut dire que nous n’assistons pas à une évolution superficielle, mais bien à quelque chose de plus profond. Il s’agit d’un changement qui a sa source dans le cœur de la culture, qui se propage dans toutes les veines et artères des systèmes, continue à se répandre dans les couches inférieures jusqu’à ce qu’il ait atteint et transformé tout ce qui doit avoir été changé.

Les changements rapides auxquels nous avons assisté ces dernières semaines, sont sans équivalents. On peut peut-être les comparer au communisme dans les années 1990. Une évolution aussi rapide n’est pas prévisible, et les hommes se demandent bien ce qui peut encore arriver. C’est comme si la majorité était prudemment réaliste, mais reste tout de même sur ses gardes. Cependant, comme lors de l’époque communiste, cette nouvelle situation présente de grandes possibilités pour annoncer l’Evangile. Nous avons vu des jeunes, courageux et prêts à mourir pour leur liberté, peut-être même seraient-ils prêts à mourir pour le Messie. On a toujours prétendu que les dictateurs ne pouvaient rien contre la montée d’un islam radical au Proche Orient. Mais nous avons vu comment des dictateurs ont été chassés de leur pays sans qu’un islam radical n’ait rempli l’espace laissé vacant. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions hâtives, mais ce que nous avons vu est encourageant : des jeunes se lèvent en Egypte, en Tunisie pour réclamer la liberté et la démocratie.

Je suis curieux de voir ce qui va arriver, il y a des dangers, c’est sûr, mais suis prudemment optimiste. Je suis inspiré. J’espère que cet enthousiasme tout neuf qui traverse le Proche Orient va secouer le statu quo et va apporter un vent nouveau dans le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Chacun a pu voir au Proche Orient, et dans le monde entier que le changement est possible. Et voilà ce à quoi nous voulons travailler, tout est possible.

Salim J. Munayer, Directeur de Musalaha, texte revu par Joshua Korn, responsable des relations publiques.

 

 

Nouvelle parution : « Tu as entendu ce qui a été dit »

Nous nous réjouissons de la parution du nouveau livre de Jonathan McRay. Cette série d’histoires est une introduction inhabituelle aux problèmes rencontrés par les adeptes du Messie des deux côtés de la frontière israélo-palestinienne, et montre le chemin difficile que ces croyants ont choisi de suivre. Le chemin de la réconciliation est long et difficile, et les difficultés sont montrées de façon très réaliste dans ces récits. Quelques fois les récits sont difficiles à supporter, parce qu’ils montrent quelle distance il reste encore à franchir. Mais l’espoir n’est jamais loin, les exemples de gens courageux montrent que la réconciliation est possible. Vous pouvez vous procurer ce livre, toutefois en anglais, sur le lien suivant :

http://wipfandstock.com/store/You_Have_Heard_It_Said_Events_of_Reconciliation.

 

Un petit extrait :

… quelques semaines plus tard, Read versa de l’eau chaude dans les verres, remua les sachets de thé et me donna un verre. Je me retournai : « Une tasse de thé ? » demanda-t-il rempli d’attente. Je me brûlai la langue, acquiesçai et souris les lèvres serrées.

 Read s’assit dans son fauteuil de cuir de l’autre côté de son bureau. Prudemment il avala une gorgée de thé et essora le sachet de thé, avant de le déposer sur sa serviette. Il se racla la gorge, se pencha en arrière et regarda par la fenêtre de son bureau au premier étage de Jemima. Les cimes de 3 frêles arbres étaient juste visibles depuis la fenêtre.

 « Il y a longtemps que je voulais te raconter quelque chose », commença-t-il lentement, et il y eut comme un voile sur ses yeux, comme si ses pensées revivaient le passé. « Je jouais avec mon frère et ma sœur à Beit Sahour, mon frère réparait son vélo et ses mains étaient … hm…. tu vois ce que je veux dire », ses mains battaient l’air comme si elles devaient faire sortir les mots de sa bouche, « noires et pleines de cambouis, je crois. Ceci s’est passé pendant la première Intifada. Toujours est-il, nous étions à Beit Sahour et nous allions partir chez ma tante. Mais avant d’y arriver, une patrouille israélienne nous arrêta ».

Les 3 enfants ont continué, mais les soldats ont bondi de la jeep et l’un d’eux a choppé mon frère au col et a crié : « Pourquoi nous jettes-tu des pierres ? Regarde tes mains sales, Sûr, tu viens de jeter des pierres ! »

« Ils l’ont traîné vers la jeep et nous criions », racontait Read. « Ma sœur chercha ma famille, et ma mère arriva rapidement et pria instamment les soldats de ne pas embarquer leur fils. Elle fut repoussée sans ménagement sur le bord de la route. Si j’ai horreur de quelqu’un ce sont bien les soldats israéliens. Cette histoire a toujours hanté mon esprit, jusqu’à je rencontre Musalaha en 2005 ».

Read a entendu parler de Musalaha lorsqu’il étudiait l’école biblique  de Bethlehem. Salim Munayer était l’un de ses professeurs, il l’a encouragé à participer à un voyage dans le désert de Wadi Rum. Mais Read n’était pas vraiment intéressé à la réconciliation, du moins pas à cette époque là.

« En fait, j’ai finalement accepté d’y participer parce que mes amis étaient intéressés par le voyage. Ce voyage m’a ouvert l’esprit, et j’ai remarqué que finalement je pouvais avoir des amis juifs. Dans le désert, nous avons appris à nous connaitre, nous étions ensemble, assis autour du feu de camp, et mangions tous ensembles. J’ai vu qu’il avait aussi des gens fréquentables de l’autre côté, qui eux aussi souffrent ».

Mais cette unité, que Read a expérimentée dans le désert, a bien vite commencé à voler en éclats, lorsqu’il est retourné dans la Westbank avec tous ses barbelés. L’histoire des soldats et de son frère continuait de le poursuivre. Il haïssait les soldats israéliens.

« En 2008, il y a eu 3 incidents en l’espace d’une semaine qui m’ont donné le coup de grâce avec les Israéliens et Musalaha », raconta-t-il, en faisant un signe de la main comme s’il voulait d’en défaire à tout jamais. « A chaque fois ce fut une grande humiliation, et je ne pouvais rien faire ! »

Raed était en route avec des amis pour la Mer Morte. Ils devaient passer un des nombreux points de contrôle israéliens dans les territoires occupés. Read était assis dans la voiture, mangeait des noix qu’il avait dans un sachet et observait le soldat qui tournait lentement autour de la voiture. Finalement, il s’arrêta devant Read et lui ordonna de descendre de la voiture. Il dévisagea Read et examina ses papiers. Read essaya de faire diminuer la tension grandissante et proposa des noix au soldat. Le soldat lui arracha son sachet, dont le contenu se retrouva par terre dans la saleté. Alors, il ordonna à Read d’enlever sa chemise, et le laissa, les mains au-dessus de la tête, et le fit se tourner. Read tremblait de fureur et de honte devant ses amis. Le soldat lui jeta sa chemise et leur déclara qu’ils devaient faire demi tour, ils ne pouvaient pas continuer.

Quelques jours plus tard, Raed avec un ami étaient en route pour Ramallah. Au checkpoint, Read fut obligé de descendre de voiture, un soldat derrière la voiture lui fit signe de venir vers lui. Lorsque Read fut tout proche, il approcha le canon de son M-16, le dirigea sur Read et lui ordonna de lire le numéro d’immatriculation du véhicule. Read se mit à rire et réplica au soldat qu’il n’avait qu’à le lire lui-même. Le canon s’approcha et Read lut lentement le numéro. Le soldat prit quelques notes sur son bloc, et lança soudain son stylo par terre. Il ordonna à Read de la ramasser, ce que Read refusa. De nouveau le canon s’approcha. Read leva les bras et dit au soldat qu’il n’avait qu’à tirer, et qu’il en avait assez de ces humiliations permanentes. Read pouvait voir la haine dans les yeux de l’autre, alors le soldat se baissa, ramassa son stylo et s’en alla.

La même semaine, une famille hollandaise qui travaillait près de Jemima, demanda à Read de leur faire  visiter Hébron. Read hésita, suite à ses expériences récentes de la semaine, et accepta finalement de servir de guide occasionnel, et passer dans le labyrinthe de ces rues pas vraiment tranquilles. Ils arrivèrent finalement au tombeau des Patriarches, la tombe d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Rébecca, de Jacob et de Léa. Une partie du bâtiment est une mosquée, l’autre une synagogue. Lorsqu’ils s’approchèrent du bâtiment, un soldat qui montait la garde se mit à crier contre Read. Il ne pouvait pas passer ici avec des étrangers. La famille hollandaise protesta et expliqua que Read était leur guide pour ce jour-là, mais les gardes ne voulurent rien savoir. Il y a des passages réservés à différentes catégories de personnes, et Read ne pouvait pas aller plus loin avec eux. C’est nouveau, déclarèrent-ils. « Bien sûr », dit Read, « vous venez juste d’inventer ce nouveau règlement ». Read fut obligé d’attendre à l’extérieur, pendant que la famille visitait le tombeau des Patriarches. Un des gardes lui demanda pourquoi il était avec cette famille d’étrangers blancs, et montrant d’un signe de tête la fille blonde : « que fais-tu avec elle ? »

« J’avais employé toutes sortes de qualificatifs pour désigner les Israéliens » dit Read. « Il était clair qu’ils étaient mes ennemis ». Il fit une pause. « Une semaine plus tard, je reçus une invitation pour un voyage dans le désert avec Musalaha…. »

 

La fin de cette histoire et le changement de sie de Read, cela vous pourrez le lire en anglais dans le livre de Jonathan McRay, You have heard it said : Events od Reconciliation ; Eugene Wipf ans Stock 2011.

Avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

 

Deux peuples, une seule voix dans la louange

Fin 2010, 150 personnes se sont rassemblées en plein Jérusalem pour une déclaration commune. Lors de cette manifestation les mains se sont élevées, non pas en forme de poing, on a pu entendre des chants, et non pas de cris de colère. Ce qui a été chanté parlait de paix, d’unité et d’espoir, pas de déclaration politique. Nous avons fait que qu’il y a de plus naturel pour des croyants, mais ce qui pour d’autres est totalement incompréhensible. Nous étions des croyants israéliens et palestiniens et nous avons simplement loué notre Père Céleste. L’assemblée juive messianique Shemen Sasson de Jérusalem Ouest et l’église palestinienne de l’Alliance Chrétienne de Jérusalem Est, se sont rencontrées avec Musalaha pour organiser un culte d’adoration. Nous n’y avons pas seulement chanté des cantiques en arabe et en hébreu, mais aussi les mêmes chants en arabe et en hébreu. Cela a ébranlé les clivages entre nous.

L’idée de ce culte est née suite à un entretien entre Salim Munayer, le directeur de Musalaha et Sheli Meyers, une responsable de la louange de l’église messianique. Les deux étaient convaincus qu’il fallait que les croyants doivent se rencontrer pour louer le Seigneur.

Cette soirée a dépassé toutes les attentes, Sheli l’a évoqué par la suite : « Dieu nous a oints avec son Esprit de Joie et d’Unité ». Cet évènement a aussi été complexe du point de vue organisationnel. Les Israéliens palestiniens peuvent obtenir des autorités les visas nécessaires pour se rendre dans les territoires occupés, ce qui reste interdit aux Israéliens juifs. A l’inverse il est interdit aux habitants des territoires palestiniens de se rendre en Israël. Beaucoup de chrétiens palestiniens peuvent obtenir une autorisation limitée à 1 mois pour venir à Jérusalem. C’est ainsi que Musalaha, Shemen Sasson et l’Eglise de l’Alliance ont décidé d’organiser cet évènement dans ce créneau, fin 2010, afin de pourvoir commencer la nouvelle année en prière et dans l’unité.

Il y a cinq ans, durant ma première année après mon arrivée en tant qu’immigrée juive messianique issue d’une famille américaine, toute optimiste, j’ai eu affaire avec des Palestiniens bien plus que par la suite : j’apprenais l’hébreu avec eux pendant 5 heures par jour, et travaillais avec eux pendant 8 heures dans un restaurant. Malgré ces contacts permanents et amicaux avec ces habitants musulmans de Jérusalem, les contacts sont demeurés superficiels, et je pouvais les classer sans problème dans n’importe quelle catégorie idéologique ou théologique.

Mon premier contact avec des chrétiens palestiniens a eu lieu lors d’un voyage dans le désert avec Musalaha durant l’automne de cette première année ici. Dans le désert, j’ai vécu ce moment irréel lorsque j’ai pu apprendre à connaître quelques participants de façon vraiment proche. Un moment, où je n’ai pas pu faire autrement que de les appeler « mes frères ». Je me souviens de la joie, de la communion durant cette semaine, mais aussi de cette tension présente et toujours perceptible. Je me souviens particulièrement d’une réunion de louange, qui m’a laissée sans voix. Nous avons abandonnée tout sentiment de distance, de retenue, d’animosité, nous avons quitté notre carapace pour arriver dans la présence de notre créateur. Toute tension a subitement disparu, et pour quelques minutes, nous étions simplement les enfants du Dieu Très Haut. Bien sûr, nous continuons à former une partie de l’humanité, et à la fin de ce temps d’adoration, j’ai retrouvé ma condition féminine, juive, brune, taille 38, etc…, avec toutes mes aspirations et combats. Mais je suis rentrée du désert avec une nouvelle espérance : j’ai vécu cette unité, mais j’en ai aussi réalisé les limites, et cela m’a déçue.

C’était il y a plusieurs années, j’étais alors une nouvelle arrivante bien naïve. J’ai vécu par la suite pas mal de choses que je n’aurais pas été en mesure de comprendre dès le départ.

Aucune autre expérience n’a provoqué des larmes de joie, sauf cet autre culte d’adoration. Comment aurais-je pu prévoir que cela ne serait pas une répétition de ce que nous avons pu vivre dans le désert, mais quelque chose bien plus merveilleux ? Et pas dans le désert, mais au cours de notre vie agitée de tous les jours ? Cette expérience n’est pas basée sur ce que j’ai pu faire, comme s’il n’y avait pas de divergence d’opinion, mais en réalisant qui je suis réellement. Quand deux aspects de la personnalité se rencontrent, il doit y avoir des ajustements, et ce n’est que Dieu qui pourra donner la paix et la vraie liberté.

Ronit Kory, travail parmi les jeunes

 

 

Quoi de neuf chez les Munayers ?

Quelques points marquants de la vie des Munayers. Nous vous souhaitons beaucoup de plaisir en lisant ces lignes, et merci d’avance pour vos prières !

Salim sera beaucoup en voyage ces prochains mois et a beaucoup de travail. Merci de penser à lui, et pour nous aussi qui restons à la maison.

Kay reste à la maison ! Elle travaille bénévolement le lundi à la boutique de souvenirs de l’Ecole Biblique de Bethlehem.

Sam a participé aux championnats israéliens de natation. En dos crawlé, il a gagné la 4ème place, …. et il vient d’avoir 13 ans !

John a battu son record personnel sur 100m papillon, mais n’a pu accéder qu’à la 10ème place. Nous remercions Dieu pour ses bons résultats en anglais et en biologie. Il fait actuellement un stage pratique dans un hôpital.

Daniel a enseigné l’anglais en Azerbaïdjan et est revenu à la maison pour Pâques. Merci de prier pour qu’il reconnaisse la volonté de Dieu pour lui, pour qu’il sache quoi et où étudier.

Jack est en recherche d’un appartement pour les 2ème et 3ème années d’études à l’université, à partir d’octobre. Il faut déjà se mettre en recherche maintenant, aussi bien pour l’appartement que pour un colocataire. Jack ne perd pas son calme, il attend ! D’ici là, il a encore des épreuves à passer, il jouit de ses études et de son travail actuel.

Projets de vacances pour 2011. Merci de prier pour que nous puissions trouver une bonne opportunité pour des vacances en famille. A ce jour, il semble que nous puissions partir à quatre, les 2 autres suivront. Merci de prier pour de la patience, de la compréhension et de la flexibilité !

Kay Munayer pour le reste de la famille

 

De nouveaux visages au bureau

Ronit a grandi dans une famille juive messianique dans la région de Washington, et a émigré en Israël en 2006. Elle renforce l’équipe de Musalaha dans le domaine des jeunes et des jeunes adultes, après avoir effectué 2 ans ½ de service militaire. Elle habite Jérusalem, est végétarienne, aime bien les discussions contradictoires, des grands films, et apprécie les miracles quand les cœurs des gens peuvent être changés par des relations profondes.

Laura Fritz est américaine, et est arrivée chez Musalaha par « Partners International ». Elle a une diplôme de commerce et a travaillé quelques années chez AT&T. En 2010 elle a commencé à travailler avec différentes sociétés missionnaires au Proche Orient, en Afrique du Nord, en Angleterre et au Maryland. Elle est travaille avec beaucoup de consécration pour l’unité des croyants, et se réjouit pour le travail de réconciliation. Elle apprécie de vivre à Bethlehem et de découvrir toujours de nouvelles choses.

Judith Kraller, mi allemande, mi autrichienne a 21 ans et travaille comme volontaire chez Musalaha. Judith aime les voyages à l’étranger, et aime beaucoup les ballades à moto, apprendre d’autres langues, faire du sport, la musique et les amis. Avant de venir à Musalaha, elle a joué de la guitare dans un groupe rock. Elle fait des études de commerce international en Autriche.

 

 

Circulaire MUSALAHA décembre 2010

 

Philippiens chap. 2 : L’humilité

Lors de la dernière rencontre de l’équipe, nous avons étudié le 2ème chapitre de l’épitre aux Philippiens, Paul y parle de la venue de Jésus dans notre monde. Cette venue a été un pas décisif, parce que Jésus a dû renoncer à sa puissance, sa gloire et sa seigneurerie du royaume céleste. Jésus disposait de toutes les richesses au ciel, mais Il est venu sur terre dans une grande pauvreté et a été comme un esclave. En Philippiens 2,7, on lit ce texte : « Il se dépouilla lui-même, prenant la condition de serviteur. Il se rendit semblable aux hommes en tous points, et tout en lui montrait qu’il était bien un homme. » Le créateur se fait lui-même créature.

Gardons ce fait en mémoire, précisément maintenant, à l’époque de Noël lorsque nous fêtons la naissance de Jésus à Bethlehem. Il est né dans une étable, entre des bergers et des animaux.  Au Proche Orient, à cette époque comme aujourd’hui, l’hospitalité est très forte, et cela met d’autant plus la condition modeste de Jésus en évidence. Mettre quelqu’un à la porte, surtout une femme enceinte, ceci est impensable, et pourtant c’est ce qui s’est passé lorsque Jésus est né. Il n’est pas venu en seigneur de guerre ou roi, il n’a réclamé aucune puissance ou reconnaissance, il est né en tant que fils d’un simple charpentier. Jésus a révélé ce qui est royal et noble. Il a pris la condition humaine et « s’est abaissé lui-même en devenant obéissant, jusqu’à subir la mort, oui, la mort sur la croix » Phil. 2.8. Jésus a accompli tout cela volontairement, pour rendre possible un salut en notre faveur, salut que nous n’avons pas mérité.

La condition humaine du Christ est aussi importante dans le processus de la réconciliation, parce que pour pouvoir nous réconcilier avec nos ennemis, il faut aussi s’avoir s’humilier. Jésus est un exemple parfait pour nous.

La situation dans notre pays est très délicate. Dans les deux camps, les gens demandent à être reconnus, mais ne sont pas prêts à reconnaître ceux d’en face. Ils réclament la reconnaissance de leur identité, de leurs droits, de leurs positions politiques et théologiques, et placent cette reconnaissance en préalable à toute discussion. Nous pensons tous avoir raison, et ceux qui ne sont pas d’accord avec nous ont tort. C’est normal. Mais nous ne devons pas commettre l’erreur de refuser la compagnie de ceux qui ne sont pas du même avis que nous. Nous devons avoir assez d’humilité, et pouvoir envisager que nous pouvons aussi avoir tort. Paul écrit : « Ne faites donc rien par esprit de rivalité, ou par un vain désir de vous mettre en avant, au contraire, par humilité, considérez les autres comme plus importants que vous-mêmes » Phil.2.3.

C’est dans notre nature que de toujours vouloir avoir raison et rechercher des passe-droits. Nous voulons toujours améliorer notre situation par un meilleur diplôme, une meilleure école, une meilleure situation, un salaire plus élevé ou bien une plus belle maison. Mais si nous considérons l’exemple laissé par Jésus, nous devons constater que Jésus a suivi une autre direction : Il a renoncé volontairement à ses prérogatives et à sa gloire, il est descendu jusqu’à nous dans une condition de serviteur. Pour nous atteindre et afin de pouvoir réconcilier l’humanité avec Dieu, Jésus est venu jusqu’à nous et a enlever tous les obstacles qui nous séparaient de Dieu. Ne sommes appelés à faire de même : nous devons aller à la rencontre de nos ennemis et les trouver là où ils sont. Nous ne sommes pas supérieurs aux autres, surtout pas supérieurs à nos frères et sœurs en Christ. Il est de notre premier devoir de rechercher la communion et la réconciliation avec eux.

Les circonstances du conflit nous ont séparés, et notre colère et notre peur nous empêchent de nous retrouver, alors que nous sommes appelés à être différents et de montrer au monde le chemin de la réconciliation.  Nous sommes appelés « à être  irréprochables et purs, des enfants de Dieu sans tâche au sein d’une humanité corrompue et perverse. Dans cette humanité, vous brillez comme des flambeaux dans le monde, en portant la Parole de Vie ». Phil.2.15. Vulnérables et faibles, comme l’enfant-Roi, c’est comme cela, que nous allons transformer le monde.

Salim J. Munayer (adapté par J. Korn)

 

Transformation du conflit :  « Sound & Sand »  (Son et sable)

Evan et Maala Thomas, Israéliens messianiques et Tanas Al Quassis et Nussi Khalil, chrétiens palestiniens ont dirigé un camp sur la côte ouest des USA. 18 jeunes adultes, qui ne se connaissaient pas, ont participé à ce camp. 9 jeunes chrétiens américains et 2 responsables (Shari Monson et Lance Brown) nous ont accueillis à notre arrivée à Wasington. 24 heures plus tard, nous étions en route pour une semaine dans les montagnes sauvages.

C’était là la première phase d’un projet fascinant que nous avions nommé « Sound & Sand » (Son et sable). « Sound » parce que l’église locale, la « Chapel Hill Presbyterian of Gig Harbor »,  est située merveilleusement au-dessus de Puget Sound, un détroit, et « Sand » parce que le seconde partie du projet se déroulera à dans le désert de Wadi Rum à Pâques 2011. Nos hôtes se sont investis dans ce projet, simplement parce qu’ils avaient à cœur de semer quelque chose dans le cœur de ces jeunes issus de communautés rivales. Ils nous ont permis de leur apporter les bases bibliques de la réconciliation.

Ceci a aussi permis à leur équipe de participer à ce processus si important et de vivre cette partie de notre vie, la plus importante pour nous, chrétiens messianiques. Nous admirons l’investissement énorme de cette église, tant en moyens humains qu’en argent. C’est la première fois qu’une église seule a entrepris une telle action, ayant à cœur le changement dans notre région si instable.

L’équipe Musalaha a appréhendé dans cette aventure avec des sentiments mitigés : comment cette expérimentation américaine pourrait-elle être profitable à notre processus de réconciliation ? Mais dès le premier jour dans les montagnes, les jeunes ont participé à fond, sans retenue, et la communion a été réelle et immédiate. Nous avons rapidement réalisé que notre tâche n’était pas de poser un cadre biblique pour que les jeunes puissent vivre ce que le Seigneur a préparé pour eux.

De magnifiques sentiers de randonnées, des prés couverts de fleurs, des torrents dans les glaciers, le Seigneur nous a placés dans un cadre merveilleux. Nous avons vu comment Dieu a transformé les vies au travers des défis de la Parole de Dieu, d’échanges, de discussions en groupes, de la prière et d’activités comme le théâtre. Ce processus unique de la découverte mutuelle et le fait de franchir des frontières, réelles ou non, est quelque chose de vraiment précieux.

Nous-mêmes, en tant qu’organisateurs, nous avons été richement bénis, quand nous avons vu nos jeunes Israéliens et Palestiniens passer outre les barrières de leur culture et comment ils ont commencé à découvrir les liens de fraternité en Christ. Ce sentiment de sécurité et de confiance mutuelle a aussi permis de parler des fardeaux et des défis de la vie quotidienne.

Bien sûr, tout n’est pas allé sans difficulté, mais on a pu en parler sans esprit de jugement ni d’humiliation. Nous avons vu comment nos amis américains se sont toujours à nouveau laissés utiliser par le Seigneur au bon moment en tant que médiateurs. Les larmes de honte et de colère qui apparaissaient lors de discussions se sont rapidement transformées en larmes d’amour et de réconfort mutuel.

De même, des plaisanteries, le rire et de bons repas font partie de la réconciliation, voir Prov. 17.22. C’est ainsi que chaque groupe a organisé une soirée spéciale avec repas de fête traditionnel. Nous avons eu droit à l’excitation particulière d’un mariage palestinien, une soirée Kabbalat Schabbat un vendredi soir et à bon repas américain de Thanksgiving. Nous avons pu découvrir un peu du monde de l’autre, ce qui a permis de mieux se comprendre.

Nous avons pu donner libre cours à notre créativité durant l’activité théâtre. Nous avons déclamé des affirmations sur le monde, dans lequel nous vivons. Le théâtre se révèle être un espace privilégié dans lequel on peut exprimer les aspects douloureux de la condition humaine à la lumière de la foi. Nous nous réjouissons déjà de pouvoir continuer cette expérience d’ici quelques mois dans le désert.

Nous nous sommes rapidement posé le question de savoir comment nous allons pouvoir garder ces bonnes relations dans les jours qui vont suivre. Mais la réponse est apparue rapidement : Facebook, les e-mails et Skype. Ce sont les privilèges de notre époque. Il y a eu rapidement un échange de photos, d’e-mails et d’encouragements entre nous tous. Cette première phase du projet a été réellement une réussite. A Pâques 2011, nous continuerons sur une bonne base en comptant sur la grâce de Dieu.

Evan Thomas, membre du comité de Musalaha

 

Retrouvailles de jeunes adultes

Récemment j’ai pu participer aux retrouvailles de jeunes adultes. Nous avons passé un WE avec 30 jeunes à Talita Kumi, une école à Beit Jala. Nous avons visionné et commenté des films israéliens et palestiniens. C’était une nouveauté chez Musalaha, mais c’était un bon moyen pour continuer à travailler sur le thème de la représentation de l’histoire, thème que nous avions déjà abordé au cours du printemps. En effet, les films sont devenus un élément important dans notre identité culturelle, et ils ont une grande influence sur notre compréhension de l’histoire. Ils sont l’expression visuelle et virtuelle de notre identité collective.

Quand nous voyons les films des autres, nous percevons quelque chose de leur culture, de leur société et de leur histoire. Faire cela, est un signe encourageant pour approfondir les relations. Apprendre à mieux se connaître permet de mieux se comprendre et d’élargir notre horizon. Le choix des films a bien sûr été très important et cela n’a pas été facile. Au départ, nous ne voulions retenir des films ne traitant que des sujets de culture et de société, représentant la vie courante en Israël et en Palestine. Nous voulions éviter de présenter des films sur la guerre, parce que nous craignions que les aspects politiques allaient masquer tout le reste. Le problème a été que nous ne trouvions pas de films qui ne parlaient pas de la guerre ! Ceci était encore plus évident pour les films palestiniens que pour les films israéliens, mais il nous faillait trouver un équilibre. Finalement nous avons opté pour des films, dans lesquels on trouvait des scènes de la guerre, mais aussi des aspects de la culture israélienne et palestinienne.

Le film israélien choisi a été « Waltz with Bashir’ et le film palestinien « Paradise now ». Les 2 films sont très différents, mais aussi, sur certains aspects, très ressemblants. Les 2 films sont « orientés vers l’intérieur », cad, des problèmes inhérents à la société israélienne, resp. palestinienne y sont abordés. Les 2 films mettent bien l’accent sur les facteurs psychologiques personnels qui induisent les réactions des uns et des autres par rapport à la guerre et sont responsables de situations sans issue. Après ces 2 films, nous avons aussi regardé « Ajami », un film sur des Palestiniens et des Israéliens, (mais aussi des palestiniens Israéliens), sur leurs relations et quels sont les liens qui les unissent. Ce dernier film est très intéressant car il montre les gens des 2 camps tels qu’ils sont, sans les caricaturer. Il montre qu’il arrive que des personnes bien intentionnées peuvent faire le mal, et que d’autres ont une bonne raison de faire ce qu’ils font. J’avais déjà vu ces 3 films auparavant, et je les ai encore une fois regardés avant ce WE pour bien me préparer. Mais c’est encore une toute autre expérience de voir ces films dans une salle remplie d’Israéliens et de Palestiniens. Cela a été intense, et c’est un bien faible mot. D’un coup, on prend conscience de la présence des autres dans la salle. On se demande, comment ils vont réagir à la vue de telle ou telle scène. Vont-ils rire ou pleurer ? Sont-ils intéressés par le sujet, ou bien s’ennuient-ils ? Vont-ils s’endormir ? Et celui, qui quitte la salle, est-il en colère, ou bien va-t-il seulement aux toilettes ?

Après chaque film, nous avons eu une discussion, très intéressante. J’ai été impressionné par ce que les participants ont raconté, les détails qu’ils ont relevés et ce qu’ils en on retenu.

Les discussions ont été menées par Bara’a Deeb, une palestinienne Israélienne, étudiante en sciences cinématographiques à l’université de Tel Aviv. Elle a débuté chaque discussion en présentant des aspects techniques et artistiques des films, ce qui a évité de s’arrêter immédiatement sur le contenu politique du film. Nous avons parlé de symbolisme, de couleurs, de la bande son et d’autres éléments. Ceci a permis une analyse plus objective et moins passionnée. Chacun a pu parler des films, de certains aspects, même s’il ne pouvait souscrire à tous les aspects présentés, ou bien même s’il a été blessé. Finalement, nous avons pu aborder le contenu politique et la guerre, mais le ton de la discussion avait déjà été donné : intelligent, respectueux et prêt à recevoir les questions posées.

A la fin du WE, les participants ont été répartis en 2 groupes : les Israéliens d’un côté et les Palestiniens de l’autre. Les Israéliens devaient concevoir un poster pour le film Paradise Now, et les Palestiniens un poster pour Waltz with Bashir. Cela a mis chaque groupe devant le défi de représenter la signification et le véritable message du film. Chacun a dû réfléchir à ce que le réalisateur a vraiment voulu dire. En présentant les poster, les 2 groupes ont vraiment pu prouver qu’ils ont bien écouté et qu’ils ont compris l’identité culturelle de l’autre groupe. Les 2 groupes se sont montrés très responsables et se sont efforcés de bien mettre en évidence les problèmes traités. Cela a été très profitable pour chaque équipe, et a permis de montrer comment « digérer » des films difficiles.

On aurait pu penser que ce serait un WE facile à vivre, en regardant quelques films, mais ce WE s’est révélé être très éprouvant. Nous n’avons pas vu n’importe quels films, et le groupe n’était pas n’importe lequel ! A la fin de ce WE nous étions bien éprouvés émotionnellement parlant. Mais de la bonne manière. Comme si nos efforts nous avaient conduits vers quelque chose de grand, quelque chose qui a permis de nous dépasser dans les 2 directions. C’était un échange, pas un monologue. Voir ensemble des films a été un moyen de nous rencontrer et d’entrer dans la discussion, de formaliser des situations, de mettre des mots sur des choses que nous devions exprimer. C’est passionnant de voir quelque chose sur l’écran avec laquelle on peut s’identifier. On se dit alors : « Cela me parle ! » Mais cela devient pénible quand d’autres voix s’élèvent, qui me condamnent et me laissent muets de honte. En fait, c’est comme dans la vie réelle. Ce WE fut un pas de plus sur la longue route pour apprendre à se parler.

Joshua Korn, Responsable des relations publiques

 

Des nouvelles de la famille Munayer

L’été est bien passé. L’été a été très chaud, et nous avons pu échapper à la chaleur pendant un mois, nous étions tous en Angleterre, sauf Jack. Nous avons été très occupés et avons même passé 5 jours en Irlande.

Comme dit : tous sauf Jack, cela ne me peine pas plus que cela parce qu’il a pu passer 2 semaines dans l’état de Washington avec Musalaha au camp « Sound & Sandé. Il y a été bien gâté ! Salim, depuis son retour en Israël a été à Chypre et en Afrique du Sud, il en a rapporté 2 « wuwuzelas » particulièrement sonores pour John et Sam. Ils les ont essayés sur le balcon, croyez-moi, on les entends à des kilomètres ! Au moins jusque sur le continent voisin !!

A mon retour à Jérusalem, j’ai attaqué un grand ménage dans notre maison et dans mon âme. J’appelle cela ranger, mais ma famille essaie désespérément de cacher des choses pour que je ne les jette pas. En ce qui concerne mon âme, j’ai arrêté toutes mes activités et me suis mise à l’écoute du Seigneur pour que je sache ce qu’il attend de moi. Je suis curieuse de voir où cela va me conduire. Entretemps, la vie de famille continue, et pour nos 4 jeunes, quoi de neuf ?

Jack, 21 ans, après son engagement dans plusieurs camps Musalaha et son aide lors du déménagement de nos bureaux, a commencé des études de sociologie et de psychologie à  l’Université de York en Angleterre. Ce n’est pas un chemin des plus faciles, en tant qu’étudiant étranger sans argent ! Déjà un mois de passé, et d’après ses rares nouvelles, il commence à s’adapter. Ce fut un choc culturel, une prise de conscience brutale de la vie, et comme toujours, cela prend du temps. Un des ces « hasards » de Dieu : il a rencontré un compatriote, né en Israël. J’ai connu sa maman, avant sa naissance et j’ai beaucoup prié pour lui avant et après sa naissance. Jack est entrain de lui apprendre l’hébreu…., qui aurait pu croire cela ? Encore une fois Musalaha ! Par ailleurs Jack découvre des activités nouvelles pour lui, telles que le hockey sous-marin et la lutte. C’est bon pour lui !

Daniel, 18 ans et demi, a, lors de l’examen final à l’école atteint une note avec 0.02 point de plus que son frère Jack, et a ainsi atteint son objectif : battre son frère ! Bref, quelle qu’ait été sa motivation, il est un bon élève. Après un stage en gériatrie en Angleterre, il a commencé une formation avec Jeunesse en Mission à Colorado Springs / USA. Il profite à fond de ses 18 ans, passe un bon temps là-bas et est plein d’énergie. D’ici quelque temps, il ira pour 4 mois s’engager en faveur d’enfants et adultes en difficulté, on ne sait pas encore exactement où. Daniel et ses discours interminables, ses nombreux copains qu’il ramenait à la maison nous manquent. Quand Jack et Daniel ont quitté la maison, j’ai perdu 2 chauffeurs et 2 gaillards costauds qui me portaient les courses dans les nombreux escaliers de notre maison. En fait, c’est une perspective un peu égoïste… !

John, 16 ans et demi, est maintenant l’aîné à la maison. Il essaie de trouver un équilibre entre l’école, les examens, les cours de conduite, la natation, le groupe de jeunes et les sorties. Il réussit brillamment ses examens, et a même atteint les 100 points dans l’épreuve d’hébreu, une première dans la famille Munayer ! Avec de tels résultats, sa marche avec le Seigneur, nous n’avons aucune raison de nous plaindre. Pourvu qu’il puisse continuer sur cette voie. Ce matin, en partant pour une excursion scolaire, il a oublié ses clefs et son argent, et j’ai dû, à 6 heures du matin les lui apporter… Ah, j’allais oublier, John a aussi participé aux championnats d’Israël de natation, a décroché dans plusieurs épreuves la huitième place, tout en améliorant ses performances personnelles, surprenant !

Sam, 12 ans et demi, aime bien être à la Highschool, sous la protection (quelque fois embarrassante) de son grand frère. Sam a décroché une quatrième place en natation dans plusieurs épreuves, et est bien décidé à décrocher une médaille l’an prochain. Il se mesure et se pèse tous les jours, il est si dur d’attendre d’être plus grand…., mais c’est déjà presque un ado ! Pour moi, c’est la même chose : vous connaissez cette période de la vie : ils sont charmants, pleins de vie, bagarreurs, boudeurs, et craquants…

Je le sais bien, tout cela est banal, mais ces jeunes sont vraiment formidables. Je suis vraiment reconnaissante de les voir vivre ainsi. Que pourrais-je souhaiter de plus ? Une fille ? Non, je n’en échangerai aucun !

Nous nous réjouissons pour Noël, cette année, Jack viendra nous visiter. Je ne serai moi-même que peu engagée à la vente de Noël.

Que nous réserve l’avenir ? Nous ne le savons pas, mais un léger vent de changement est perceptible. J’ai moins de travail à la maison avec 2 enfants, cela ouvre de nouvelles perspectives. Plus que 8 yogourts / semaine à préparer au lieu des 40, cela libère le frigo ! Moins de tâches ménagères, moins de lessives, etc…, et je pourrais prolonger la liste, tout cela est magnifique !

Voilà pour aujourd’hui ! Merci pour votre attention, je me réjouis pour chaque signe de votre part.

Kay Munayer, au nom de toute la famille

 

Récemment, sont paru plusieurs articles dans la presse, présentant de fausses informations et qui font du tort à Musalaha et à Salim Munayer. C’est pourquoi, nous voulons réaffirmer avec force : Le but du travail de Musalaha est de réconcilier des Israéliens et des Palestiniens. Cela conduit souvent à des malentendus en ce qui concerne la position politique et théologique de Musalaha. Nous précisons que nous ne défendons pas de position théologique ou politique particulière. Notre objectif est de favoriser le rapprochement de personnes venant d’horizons différents, selon le commandement divin, en recherchant la paix, à l’exemple de Jésus-Christ, selon sa vie et son enseignement.

 

 

Lettre de nouvelles Octobre 2010

 

Les joies de l’été

Nous avons richement bénis au travers des nombreuses activités de l’été. Plusieurs bénévoles étrangers nous ont apporté leur aide précieuse : nous aurions eu bien du mal à assurer le programme prévu sans eux !. Nous voulons tout spécialement remercier les équipes de l’église californienne de Calvary Community, de l’église St Pierre de Bolten en Angleterre, ainsi que Jeunesse en Mission de Colorado Springs.

Jamais, nous n’avons été si nombreux, nous étions près de 250 pendant ces deux mois ! Nous avions prévu notre camp pour les enfants, un voyage en Suisse avec des jeunes ainsi qu’un autre voyage aux Etats-Unis pour de jeunes adultes. En plus du nombre évoqué, se joindront encore tous ceux qui auront été touchés par le message de la réconciliation et de l’espoir, comme par exemple les amis et les familles des participants. Nous ne pouvons pas assez dire merci pour toutes vos prières, votre soutien, et pour toute la bénédiction de Dieu.

Tout cela est d’autant plus mis en évidence par le fait que la tension n’a fait qu’augmenter ces derniers temps, et que la résistance envers la réconciliation commence à se faire sentir. Bien sûr, tout le monde n’est pas contre le travail de Musalaha, cela se voit bien dans ces chiffres. La résistance se voit bien plus dans le fossé qui se creuse de plus en plus entre les communautés. Le quotidien « Jerusalem Post » a récemment publié un sondage fait parmi les jeunes qui confirme cette tendance inquiétante. Environ 50% des écoliers juifs israéliens pensent qu’il est normal que les jeunes arabes israéliens n’aient pas les mêmes droits qu’eux, et 70% des écoliers arabes israéliens se décrivent eux-mêmes comme des patriotes palestiniens, 20% d’entre eux ne se considèrent pas citoyens d’Israël. Si ces jeunes ne découvrent pas autre chose dans leur vie que la haine et le racisme, les choses ne pourront que s’aggraver…

Malgré ces signes inquiétants, je reste confiant. Nos chiffres ont montré une bonne évolution, et nous voyons que ceux qui ont expérimenté la force salvatrice et vivifiante de la réconciliation, continuent, en règle générale à vivre ce processus. Mais attention : c’est seulement que ce changement positif n’est possible que la force du Messie. Nous ne faisons que mettre des gens en relation et essayons de permettre un échange fructueux. Dieu seul peut changer les cœurs. Dans cette lettre, nous voulons vous en dire plus sur nos activités. Merci de continuer à prier pour Musalaha, merci pour tout votre soutien en faveur de ce travail si important.

Salim J. Munayer / Directeur

 

Des vies changées et de nouvelles relations

Les vacances d’été sont propices aux camps ! Cela évoque certainement de bons souvenirs pour chacun, lorsque nous partions en camp en montagne. C’étaient ces moments bénis, des moments de ressourcement physique et peut-être même des occasions de rencontres qui ont influencé notre vie. Musalaha propose aussi de tels séjours à des enfants issus de communautés « ennemies » et qui vont pouvoir ainsi expérimenter la réconciliation. Durant les camps à Bethlehem, Hébron et Shaffiya, près de 500 enfants ont découvert le verbe aimer, concrètement au travers de relations d’amitiés toutes nouvelles.

A Shaffiya, les responsables se sont retrouvés pour les derniers préparatifs et pour la répartition des tâches avant l’arrivée des enfants. Cette année l’équipe comprenait près d’une quarantaine de responsables israéliens et palestiniens. Ils étaient responsables de la préparation des activités, des explorations bibliques, des jeux, des chasses au trésor, jeux, etc…

Bien que j’étais à fond dans les préparatifs de ce camp depuis bien deux mois, il y avait encore tant de petites choses à régler, ce qui prend bien sûr le plus de temps. Nous avons beaucoup parlé de l’unité dans l’équipe, qui doit être un exemple pour les enfants. Nous sommes tous très différents, et chacun est doué pour autre chose. Nous avons des arrière-plans différents, nous venons de diverses villes et parlons même des langues différentes ! Certains d’entre nous savaient particulièrement bien s’y prendre avec les enfants, savaient leur parler et les consoler le soir venu. D’autres assuraient l’ordre quand les jeunes faisaient la queue pour manger, d’autres assuraient la distribution des repas aussi vite que possible : le premier jour cela mettait 20 secondes pour chaque enfant, le lendemain plus que 18 sec, … D’autres étaient plus doués pour les tâches administratives, d’autres s’éclataient dans des jeux, sketches, travaux manuels, etc… Les équipiers plutôt doués pour l’enseignement ont utilisé les 5 langues de l’amour et ont imaginé 4 études bibliques. Il y avait aussi des équipiers vraiment doués pour la musique, pour le théâtre, pour la direction et l’encouragement.

Nous avons travaillé main dans la main, et notre amour pour le Seigneur Jésus était visible. Il était évident pour chacun de nous que les enfants se souviendront de leurs moniteurs, pas forcement de chaque activité. Faisons l’effort nous-mêmes de nous souvenir d’un super camp : quel était notre moniteur qui nous a marqué ?

Le but des camps de Musalaha est bien de construire des relations entre les enfants des deux camps, qu’ils apprennent à se connaître et à réaliser que les autres sont aussi des humains comme eux. Les enfants observent comment les adultes se comportent entre eux comment ils se parlent et travaillent, comment ils prennent soin les uns des autres, … et ils vont les imiter.

J’ai observé le comportement des enfants : certains sont restés rangés de leur côté, parce qu’ils ne parlaient pas la langue des autres. Au foot, cela se passait autrement, il n’y avait plus juif ni arabe, mais des équipes motivées pour gagner ! Les enfants sont rentrés chez eux, la tête pleine de souvenirs de jeux soigneusement préparés, de matches de foot, de jeux dans l’eau, de visites à la ferme, d’études bibliques. Ces souvenirs les accompagneront longtemps.

 

Auriez-vous pensé que les enfants fassent eux-mêmes des crêpes ? Les enfant aiment bien les crêpes, et beaucoup en ont mangé pour la première fois. De retour à la maison, ils ont essayé d’en faire aussi pour toute la famille ! C’est ce qui s’est passé durant le camp à Bet Sahour, camp organisé par le groupe de dames de Musalaha et les la troupe locale des Eclaireuses. Le but de cette action était de réaliser quelque chose de visible pour l’entourage.

Les enfants y ont appris quelque chose d’utile, mais ce qu’ils ont appris de la Bible est encore bien plus important : c’est une fondation sur le rocher. Dans la région de Bethlehem, les jeunes enfants musulmans apprennent le Coran par cœur dès leur plus jeune âge. Les enfants des chrétiens par contre, n’apprennent plus de versets bibliques par cœur. Les parents de nos enfants étaient enthousiasmés de voir ce que les enfants avaient appris durant le camp: les versets bibliques, mais aussi les chants.

Bien sûr, en plus de tous ces moments heureux, nous avons aussi subi des attaques de l’ennemi et eu quelques difficultés, mais nous avons appris à vivre à les vaincre. Nous savons qu’avec l’aide de Dieu, tout sera possible. Ce camp a permis de construire des relations avec la troupe locale d’Eclaireuses, qui elles aussi espèrent bien participer au processus de réconciliation.

 

 

Vaincre la peur

Louise Thomsen, responsable du travail parmi les femmes

Chaque année, nous allons avec le camp d’été dans une autre localité palestinienne pour permettre aux enfants de ce village de vivre une semaine de détente. Cette année, nous sommes allés à Hébron, la plus grande et la plus divisée des villes de la Westbank, à l’exception de Jérusalem-Est. Il y a là 160'000 Palestiniens et 500 colons juifs connus pour leurs affrontements violents. La partie palestinienne de la ville est musulmane à 100% et très conservatrice.

Hébron était une zone inconnue pour moi ainsi que pour Musalaha. Je ne suis plus revenue à Hébron depuis la première intifada, et ce camp aura été le tout premier effort de Musalaha à Hébron. Je m’étais déjà rendue sur le futur lieu du camp, mais je dois avouer que j’étais tout de même effrayée à l’idée d’organiser un camp ici. Il est difficile de décrire cette appréhension, peur de l’inconnu, peur de se voir agressée physiquement en tant que chrétien, peur en face de la haine et de la désillusion. Et finalement je craignais aussi l’Islam, ce qui repose sur le manque de connaissance, sur des préjugés et des stéréotypes qui m’ont été inculqués durant des années.

Dans bien des pays occidentaux, on est incité à craindre et à haïr l’Islam et de mépriser les Musulmans. Ceci, en réaction à des actes de certains musulmans, conduit tout droit à une condamnation globale de l’Islam. Ces préjugés correspondent cependant peu à la réalité. Je prends pour exemple ce qui s’est passé au Danemark, mon pays d’origine, en ce qui concerne les caricatures de Mahomet. L’islam est devenu la cause principale du conflit israélo-palestinien.

On rencontre cette tendance même chez les chrétiens. Souvent on nous dit, que nous chrétiens nous devons garder nos distances par rapport aux musulmans. On nous présente l’Islam comme une menace. La réconciliation devient alors bien plus difficile que le conflit. Bien sûr, nous ne parlons pas de « haine », c’est un terme trop dur à entendre, mais est-ce bien la réalité ? A cela se rajoute une certaine arrogance ; nous nous croyons supérieurs et considérons les musulmans comme incultes, primitifs, fanatiques donc capables de violence. Je suis sûre qu’il y a des musulmans qui haïssent des chrétiens pour diverses raisons, mais je crois aussi qu’il y a beaucoup de chrétiens qui n’aiment pas les musulmans.

Je constate cette attitude même lors de rencontres de Musalaha. Rencontrer des croyants de l’autre bord est une chose. On peut même envisager de rencontrer des incroyants. Mais il est difficile pour beaucoup de rencontrer des musulmans. Il y a quelques années déjà, nous avons commencé avec Musalaha à construire des ponts vers les musulmans, parce que nous croyons que c’est là notre devoir et que beaucoup de musulmans attendent cela.

Je n’ai pas de grandes connaissances théologiques, mais je lis dans ma Bible que nous devons aimer tous les hommes, rechercher la paix avec tous et témoigner de l’amour de Dieu à chacun. Cela ne doit pas rester une théorie, mais nous devons le pratiquer. « Mes enfants, que notre amour ne se limite pas à des discours et à de belles paroles ; mais qu’il se traduise par des actes, accomplis dans la vérité. Voilà comment nous saurons que nous appartenons à la vérité, et rassurerons notre cœur devant Dieu, si notre cœur nous condamne d’une manière ou d’une autre : car Dieu est plus grand que notre cœur et il connait tout » (1 Jean 3,18-20). Le sens de ce camp pour des enfants musulmans était de les aimer concrètement. Aussi longtemps que nous ne nous décidons pas à changer d’attitude, nous continuerons à craindre l’Islam de plus en plus.

A ma grande honte, je m’étais fait de fausses idées. Durant cette semaine, nous avons travaillé sur 5 éléments fondamentaux de l’amitié : aimer, donner, avoir confiance, être loyal et savoir s’accepter, tout cela illustré par des histoires et des chants. Nous avons repeint un mur autour de l’école, pour donner de nouvelles couleurs à cette école, avons fait de supers travaux manuels comme des petits animaux en carton, des volcans qui crachaient du coca-cola, même des « pinatas », petits objets en papier mâché remplis de sucreries… Nous avons fait beaucoup de jeux collectifs. Lorsque le chant  de la coupe du monde retentissait dans la sono, nous dansions tous ensemble. Nous avions 82 enfants musulmans de 7 à 11 ans, étions 14 équipiers de Hébron plus 14 jeunes et responsables de Bolton en Angleterre. Ce fut un camp très agréable, car les enfants étaient bien élevés et respectueux, bien davantage que d’habitude dans les camps Musalaha. Ils étaient curieux et reconnaissants pour tout ce nous leur avons proposé, je n’ai pas entendu de rouspétance. Chaque matin, à notre arrivée à 8h30, beaucoup d’enfants étaient déjà devant le portail de l’école, certains déjà depuis 7h30, bien trop excités pour pouvoir attendre patiemment à la maison ! Avec un grand sourire, ils s’écriaient : « Bonjour mademoiselle, comment allez-vous ? »

Le dernier jour, nous avons invité les parents pour une fête de clôture, nous leur avons montré les vidéos que nous avons faites. (vous pouvez aussi les voir sur notre page Facebook). Beaucoup de parents sont venus, la plupart des femmes portant la burka ou le voile. Pendant cette visite, il n’y avait pas de conflit, mais les parents étaient simplement reconnaissants pour ce que nous avons fait pour leurs enfants.

Pendant cette semaine, mes préjugés ont été battus en brèche, je les ai remplacés par des expériences positives, des nouvelles relations qui me motivent à nouer des contacts avec des musulmans et à estimer des personnes différentes, comme Dieu me le demande. Je me rends bien compte que ce que je dis là n’est pas forcément apprécié par chacun. Certains me diront que tout cela est utopique, mais je pense qu’il est important de parler des expériences que Dieu m’a permis de vivre, de manière à changer notre vie comme Dieu l’a voulu.

 

 

L’Histoire revisitée durant la guerre

Josua Korn, responsable de la communication

Chaque fois que nous rassemblons des Palestiniens et des Israéliens pour parler du conflit, des conceptions contradictoires de l’Histoire apparaissent. Chacun des deux camps se considère innocent et comme victime d’une agression. La conception israélienne prétend qu’ils sont arrivés dans ce pays pour y trouver un refuge et qu’ils ne sont en guerre contre les Arabes que parce que ceux-ci n’ont pas voulu leur faire de la place dans le pays que Dieu leur avait destiné. La conception palestinienne dit que les Palestiniens ont vécu en paix depuis des générations dans ce pays, jusqu’à ce que les Sionistes sont arrivés, les ont chassés de leurs maisons et de leur pays et que cela a conduit à la Nakba (catastrophe) de 1948. Il y a du vrai dans les deux conceptions de l’Histoire, mais aucune des deux n’est la vérité vraie.

 Au mois de mai de cette année, il y a eu une conférence de Musalaha à Limassol à Chypre avec 40 participants, le thème en était précisément la conception de l’Histoire. Cette conception peut être un réel obstacle sur le chemin de la réconciliation. Ces diverses conceptions sont des histoires qui expliquent nos expériences et actions. Nous exprimons toujours nos perceptions sous formes d’histoires et d’anecdotes qui ont un début, un développement et une fin avec des « bons » et des « méchants ». Notre vie se transforme en histoire et des évènements aléatoires vont lui donner un sens. Cela fait partie de notre développement personnel, de notre inconscient, et développe notre appartenance à un groupe religieux ou ethnique. Il est reconnu que notre conception de l’Histoire est un élément essentiel de notre identité tant personnelle que collective au niveau du groupe, de la religion, de la nation et la race.

Se baser sur sa propre conception de l’Histoire peut devenir problématique lors de conflits, parce que nous ne sommes plus du tout objectifs. Nous croyons que ce nous voyons est la vérité, tout le reste n’est que mensonge. Ceci est dangereux, parce que les histoires sont toujours sélectives, elles caricaturent la vérité, comportent souvent des généralisations ou bien même des erreurs. Tant que nous ne réalisons pas cela, que nous ne voyons pas les limites de notre conception de l’histoire, nous risquons de penser à tort qu’il n’ya que les deux conceptions historiques décrites plus haut. Ou bien, nous avons 100% raison, ou bien le contraire, et entre les deux idées, il n’y a rien. C’est comme cela que nous arriverons toujours à justifier notre action, mais cela conduit à la haine, la peur et à la déshumanisation.

 

La conférence a débuté par une introduction au thème de la conception de l’Histoire et son rôle dans les conflits. Dans ce cadre-là, nous avons eu des explications sur le conflit chypriote entre les communautés grecques et turques, le tout illustré par un petit parcours dans la ville de Nicosie, la capitale divisée de l’île de Chypre. Le fait de voir les deux parties de la ville nous a permis d’entrevoir un peu les deux conceptions de leur histoire. Le soir, nous avons encore visionné un film relatant l’histoire de femmes qui travaillent à la réconciliation sur l’île de Chypre. Bien que le conflit chypriote soit très différent du conflit israélo-palestinien, nous avons pu nous identifier à ces femmes. Elles aussi parlent de réfugiés, de droit au retour, d’occupation et de colons. Nous avons remarqué avec étonnement que par ex. du côté grec le terme « délicatesse turque », (ce sont des confiseries) est devenu « délicatesse de Chypre ». Cette journée a été très chargée en émotion, mais ce fut une bonne introduction à la réflexion sur notre propre cas. La découverte de ce qui se passe à Chypre nous a déjà permis d’apprendre à nous connaître, et c’est de façon plus décontractée que nous avons pu aborder des sujets délicats.

La conférence comportait également des modules avec des jeux de rôles sur la persécution. Ce furent des séquences très réalistes qui nous ont directement impliqués. C’est vraiment très utile pour pouvoir parler de puissance, de contrainte, de conflits entre communautés différentes.

Le troisième jour nous a paru être le plus long et le plus dur. Ce jour-là, nous avons commencé à reconsidérer nos propres conceptions de l’histoire. Nous avons parlé d’abord de notre conception de l’histoire palestinienne, pris le repas ensemble, pour continuer par la face israélienne. Les entretiens ont été menés de façon quasi symétrique et les deux groupes ont pu entendre la présentation et les commentaires par des gens concernés « de l’intérieur ». Cela a évité bien des tensions.

Malgré cela les entretiens ont été passionnés. Il n’est pas si facile d’écouter calmement les avis et interprétations des autres.  Il y a eu bien des frustrations, et durant les pauses, les discussions animées allaient bon train, il y a eu des paroles dures, de la colère et des larmes. Mais nous avons pu nous écouter grâce à nos relations, et cela a permis une compréhension et un respect mutuel. Je pense que le plus difficile, ce jour-là à été l’écoute de l’histoire de l’autre. Si on s’entend dire que nous sommes responsables du conflit et c’est nous les coupables, on peut relativement facilement tout rejeter en bloc en se disant que les autres n’ont vraiment rien compris. Mais si ce sont des frères qui nous disent que nous avons fait des erreurs qui ont sont à la base du conflit, cela devient déjà plus difficile à entendre.  Il est difficile d’entendre quelqu’un qui détruit des mythes et des certitudes bien établies qui nous ont consolés pendant si longtemps.

La dernière journée a été réservée pour des discussions libres. Un participant palestinien déclara par exemple : « Je me suis toujours demandé, comment les Israéliens pouvaient dormir tranquilles après toutes les atrocités qu’ils avaient commises. Mais maintenant, après avoir entendu leur version des faits, je comprends mieux leur point de vue. Je suis vraiment très heureux de cette nouvelle compréhension des choses, et je perçois l’ensemble du conflit différemment. » De même, un participant israélien a dit : « J’ai été choqué d’entendre que des Palestiniens avaient été chassés de leurs maisons. On ne nous a jamais enseigné cela à l’école.  Cela m’a également fâché que nous n’ayons rien appris de l’histoire palestinienne et des souffrances de ce peuple. J’aimerais bien entreprendre quelque chose contre cette ignorance, cela mériterait un gros effort de formation. »

En faisant le bilan de ces rencontres, nous avons vu que les Israéliens et les Palestiniens étaient d’accord avec la manière dont leur histoire avait été présentée. Ils ont eu l’impression d’avoir été écoutés et compris. C’était vraiment important  de s’ouvrir l’un à l’autre et d’être prêt à l’écouter l’autre. Cette conférence a ouvert les yeux de beaucoup des participants, et plusieurs veulent aller plus loin.

Nous avons bien noté que nous ne sommes pas au bout du processus de réconciliation et que bien des souffrances sont encore perceptibles de part et d’autre. Mais l’espoir est là. L’un d’entre eux a dit : « Je pense que nous pouvons franchir l’obstacle des différences culturelles. J’espère que cela pourra conduire à la paix, surtout si nous pouvons voir en l’autre des frères et des sœurs, et non pas des ennemis.

Je suis confiant de savoir que nous allons trouver une solution. »

Nous sommes appelés à nous accepter, tout spécialement nos « ennemis ». C’est là le message radical du Messie : «Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent », Matth. 5.44. C’est seulement en aimant nos ennemis, que nous pourrons nous détacher de notre propre souffrance et considérer les autres avec le regard du Sauveur. Cela n’excuse pas l’injustice, et nous devons la dénoncer où qu’elle soit, non pas la haine mais par l’amour.

 

 

Des nouvelles de la famille Munayer

J’écris ces quelques lignes durant nos vacances…, et je suis même plus occupée que d’habitude !

Jack est revenu d’Angleterre, il y a passé 2 semaines en tant qu’animateur dans des camps de jeunes de Musalaha. Il est maintenant aux USA dans un autre camp Musalaha pour jeunes adultes à Gig Harbour (état de Washington).

Daniel fête son diplôme de fin d’études. Il est pas mal sur la route. Il a aussi participé à un camp pour enfants.

John a terminé sa première épreuve d’anglais. Ce n’est que le début, il en a encore pour deux ans, c’est comme cela ici ! Durant la première moitié des vacances, il s’est concentré sur la préparation aux championnats auxquels il a participé juste avant de partir avec nous en vacances en Angleterre.

Sam s’est entrainé durant tout l’été, deux fois par jour pour 7 épreuves de natation différentes, et il a participé au championnat national. Il a battu plusieurs de ses records personnels, ce fut une grande fierté pour lui.

Salim : je ne peux même pas dire tout ce qu’il fait, il est occupé du matin au soir…

Pour ma part, j’ai eu des soucis en me cassant une dent, il a fallu aller d’urgence deux fois chez le dentiste. A 50 ans, ce n’est plus aussi simple quand une dent casse…, c’est douloureux et … cher !

A présent tout est rentré dans l’ordre. J’ai un tas de choses faire, j’ai établi de longues listes pour ne rien oublier durant les prochaines semaines. Lorsque vous lirez ces lignes, les vacances ne seront plus qu’un vieux souvenir. John sera de retour de Suisse où il aura participé à un camp Musalaha. Daniel aura quitté la maison pour la première fois, j’aurai pleuré, comme déjà auparavant avec Jack. Mais je suis trop occupée pour trop penser à tout cela et de réaliser combien il va me manquer.

Salutations cordiales,

Kay Munayer, au nom de toute la famille.

 

 

 

Lettre de nouvelles Juin 2010

 

En avant dans la foi et la communion

Dieu a été particulièrement bon pour nous ces derniers temps. Dans cette circulaire, nous vous donnons quelques nouvelles de notre dernier voyage dans le désert avec les jeunes, également concernant le projet  des « constructeurs de ponts » et de la conférence pour femmes. Ces trois évènements se sont très bien déroulés malgré l’opposition grandissante entre Israéliens et Palestiniens, ce qui a bien sûr des effets sur les croyants.

Nous sommes reconnaissants à Dieu pour Sa bénédiction : Les relations entre « les constructeurs de ponts » se sont approfondies, notre dernier voyage dans le désert a compté 40 participants, ce qui n’était jamais arrivé. Les femmes ont traité le délicat et très controversé sujet de l’identité culturelle, ceci dans une atmosphère détendue et en toute confiance. En Mai, nous sommes allés à Chypre avec une équipe d’une quarantaine de jeunes adultes pour une conférence sur ce même thème, un nouveau record ! Dieu est fidèle : il parle aux cœurs de Son peuple et l’appelle à la réconciliation. Ce sont là des signes positifs, des encouragements dans un temps de grande désillusion parmi les chrétiens israéliens et palestiniens. Beaucoup se demandent si un jour il pourra y avoir la paix : on constate que la situation politique se dégrade de plus en plus et finalement, la réconciliation n’est pas qu’un rêve un peu naïf ? Du côté palestinien, on nous reproche une volonté de « normalisation » : cad le travail de réconciliation se résumerait à accepter le statu quo, l’occupation et l’injustice. Du côté israélien, nous entendons le reproche du « compromis », comme si le travail de réconciliation signifiait  un droit de s’accaparer le  territoire et sa ,justification par la Parole de Dieu.

J’entends ces arguments de plus en plus fréquemment et cela devient inquiétant.  C’est comme si nous avions oublié que nous sommes frères et sœurs, membres du même Corps de Christ, et aussi oublié l’importance de la communion et de la bonne santé de ce Corps. J’ai écris récemment un article à ce sujet : « La communion : rompre un tabou ». On peut le trouver sur note site web.

On peut aisément comprendre de telles critiques. La situation ici est compliquée. Chaque jour arrivent des nouvelles décourageantes, quelque soit notre position. Nous sommes de plus en plus en route vers un conflit, ce qui nous éloigne de plus en plus de la paix et de la réconciliation. Dans un tel climat, il est plus simple de tout laisser tomber, et même de se moquer de ceux qui rêvent de réconciliation. C’est plus sûr. Tendre la main à ceux d’en face rend vulnérable : on s’expose au rejet et aux attaques des deux côtés. Nous sommes davantage à l’abri derrière une façade ce cynisme. Mais la réconciliation n’est pas un rêve naïf : elle nous est ordonnée par Dieu. En Ephésiens 2,14, l ‘apôtre Paul écrit : «Car Il est notre Paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, et qui a renversé le mur de séparation ». John Yoder a écrit un commentaire vraiment inspiré de ce passage :

« Notre façon habituelle de penser est que la Croix efface mon péché devant Dieu, de même que ton péché devant Dieu. Par conséquent, nous sommes justifiés et sauvés, chacun de son côté. Mais la logique de ce texte est autre. L’obstacle (entre nous) n’est pas le péché de chacun. L’obstacle est le fait que nous avons des passés distincts et différents… Ainsi, deux histoires différentes n’en feront plus qu’une. Deux communautés ennemies se réconcilieront, deux façons de vivres différentes se rencontreront. »

Il nous faut la réconciliation avec Dieu (lien vertical), mais s’il n’y a pas la réconciliation avec nos frères et sœurs (lien horizontal), cela est inutile.

A propos de « murs » : nous prévoyons de déménager dans des bureaux plus vastes, qui nécessiteronnt quelques travaux de rénovation. Ce déménagement est devenu nécessaire, parce que notre œuvre a grandi. Les collaborateurs sont à l’étroit, et ce serait vraiment bien de disposer de plus de place pour notre travail. Cela représente un coût et le loyer mensuel  sera d’env. 6000 $ (4880 € / 6925 CHF). Les travaux de rénovation sont estimés à env. 60000 $. Rassembler une telle somme semble impossible, mais nous faisons confiance à Dieu qui honorera la confiance de ceux qui se confient en Lui. Nous remercions par avance ceux qui voudront bien nous soutenir dans ce projet. Un grand merci à chacun.

Salim J. Munayer, Directeur

 

Comme Joseph : ami, frère et réconciliateur

C’est la fête de la Pâque, quelques jours avant Pâques, 45 jeunes Palestiniens et Israéliens, entre 12 et 15 ans, sont en route vers le sud, quelque part dans le désert du Néguev. Des jeunes, dès le du début d’un voyage, prêts à un nouveau défi, sont décidés à vivre la réconciliation lors de notre voyage annuel dans le désert. Ces jours vont être décisifs, et auront des conséquences spirituelles, dans le but de les rapprocher les uns des autres.

Comme le plus souvent au début du camp, les jeunes israéliens étaient éparpillés en petits groupes, discutaient entre eux en attendant le début d’une nouvelle aventure. A quelque distance de là, les jeunes palestiniens, comme les jeunes israéliens, discutaient entre eux et entre arabophones, même avec des gens qu’ils ne connaissaient pas encore.

« Jallah, c’est parti ! », s’écrie un des animateurs. « Le défi », explique Daniel Munayer, un des responsables, « consiste à se lever et à entrer en contact avec les autres, pas avec ceux avec lesquels nous sommes arrivés, mais précisément avec ceux d’en face. Dieu est amour, nous ne pouvez pas prétendre aimer Dieu si vous n’aimez pas votre frère ». Déjà plusieurs jeunes ont fait connaissance par des jeux. Puis vint le repas du soir, - c’est un moment important au Proche Orient pour marquer son appartenance au groupe.

Dès le premier soir, tous ensembles, ils sont loués le Seigneur. Un des cantiques préférés chez les filles était un cantique arabe. La traduction est : « Je veux aller avec toi, même dans ces temps difficile, que Ton Nom soit loué, il n’y a pas de vie sans Toi ». Après la louange, nous avons eu la méditation. En cercle, autour d’un grand feu, les jeunes ont été exhortés à être comme Joseph. Il a été un homme de réconciliation. « Beaucoup se sont fâchés au sujet de Joseph, et souvent des gens se sont fâchés à notre sujet, quelques fois sans raison. Comment réagissons-nous face à cette colère ? Comme Joseph, nous nous retrouvons quelques fois dans des situations compliquées. Recherchons- nous là à être une bénédiction pour nos ennemis ? Si nous sommes libres en notre Messie, que faisons-nous de cette liberté ? Comme Joseph, nous aussi nous devons être des réconciliateurs. Il s’était décidé, malgré l’injustice subie, à obéir aux commandements divins, à pardonner et a aimer ses frères. Cette décision a permis que sa famille puisse se retrouver, ils ont pu survivre, et finalement cette lignée a conduit jusqu’à notre Sauveur. Et de plus : cette réconciliation est essentielle pour notre relation avec Dieu. »

Nous avons traversé le désert d’Israël avec une caravane de chameaux, cela nous a permis de vivre d’une nouvelle manière la bonté de Dieu envers son peuple et son pays. Et là, au milieu de nulle part, entourés de quelques plantes du désert, les jeunes ont sorti leur ballon et ont commencé un match de foot : une des plus belles manières qui soit de construire des nouveaux contacts. Après quelques heures de jeu au milieu du désert, une nouvelle unité s’est créée entre eux. Le soir, à l’heure du coucher, les gars se sont retirés d’un côté, les filles de l’autre. Il y en a bien eu quelques uns qui voulaient faire bande à part, mais les responsables les ont ramenés dans le groupe avec tact et prudence. Très rapidement, on a entendu des chants et du rap animés par quelques participants soudanais. Cette nuit a en quelque sorte été le « rite initiatique » de ce groupe.

« Je suis seulement venu ici pour faire la connaissance d’autres Arabes », avoue Fareed, un Israélien palestinien de Haïfa. « Mais après le foot et avoir chanté toute la nuit avec les autres, j’ai fait plein de connaissances, et dès mon retour à  la maison, le vais considérer les autres d’une nouvelle manière. »

Durant cette nuit, les participants soudanais, ont joué le rôle d’un pont entre les cultures. Ce sont des réfugiés qui ont fui leur pays durant la guerre qui déchire leur pays, parce que là-bas les chrétiens sont persécutés. Les jeunes soudanais de notre pays, parlent couramment l’hébreu et l’arabe, et se sont quasiment intégrés à la société israélienne. Un d’entre eux a même réussi à apprendre au groupe quelques raps, jusqu’à ce qu’il ait finalement trouvé ce qu’il voulait. Les paroles étaient « Sudan for life » (Le Soudan pour la vie !). Cette phrase est restée gravée, on s’en est servie tout le temps, durant les jeux, les repas, durant les ballades, toujours à nouveau on pouvait entendre « Sudan for life ! »

Cela ne signifie pas qu’il n’a que des joies éphémères dans le désert. Le désert a ceci de particulier en ce qu’il nous conduit à nous plaindre, on retrouve cela aussi dans les récits bibliques. On s’est plaint des chemins difficiles, des « salles de bains » (une surface dégagée derrière un tas d’herbe !), et bien sûr des marches incessantes d’une extrémité à l’autre du camp. Il y a eu des bruits gênants, comme le braiement des ânes durant les moments de prière et le chant du coq au lever du jour. Mais Musalaha essaie toujours de vaincre les résistances, tels que les préjugés et les différents petits problèmes. Les deux groupes ne sont pas restés séparés plus longtemps, c’est maintenant un seul groupe de jeunes, prêts à souffrir, à manger et prier ensemble.

Le dernier soir, lors de l’échange d’expériences, un des jeunes responsables a déclaré : « Quand vous rentrerez chez vous, les gens vont vous demander ce qu’est Musalaha, ce qu’est la réconciliation et ce que vous avez appris. Il ne s’agit pas de savoir ce que vous avez appris, mais de savoir ce que nous avons fait, lorsque nous avons vécu ensemble, mangé et prié ensemble, nous avons expérimenté la réconciliation. A l’instar de Joseph, nous nous sommes engagés à aimer nos ennemis, à être une bénédiction pour eux et à devenir des réconciliateurs au milieu de nos souffrances. »

Le désert est redevenu désert, mais les paroles qui se ancrées dans nos cœurs résonnent :

« Je veux aller avec toi, même dans ces temps difficile, que Ton Nom soit loué, il n’y a pas de vie sans Toi. »

 

Les femmes et l’identité culturelle : l’art d’écouter

de la part de Louise Thomsen, responsable du travail parmi les femmes

L’identité culturelle d’un peuple est le récit du vécu commun du passé. Elle est le reflet de ce que les gens ont vécu. Un autre récit peut raconter la même chose mais vu dans une autre perspective. Dans des régions en conflit, les identités culturelles comportent toujours les sources des conflits, la justification de son action d’autodéfense, et l’explication des entorses aux règles par les autres. Comme ces récits désignent ses propres gens comme des victimes, qui ont combattu le mal de manière héroïque, ils sont un moyen efficace de gagner le peuple et l’opinion internationale à sa propre cause. Cette identité culturelle est rappelée à l’école, dans les médias, les conversations, elle imprègne les gens si profondément qu’elle est ressentie comme vérité historique et considérée comme l’Histoire. Son récit peut relater des faits historiques, cependant il ne restitue qu’une vue sélective et subjective de la vérité globale.

Ces différents thèmes sont ressortis durant notre conférence à Chypre. Au début de la conférence, le groupe a été réparti en 2 groupes : les Israéliennes et les Palestiniennes.  Nous avons demandé aux femmes israéliennes de raconter l’histoire des Palestiniens et l’inverse aux femmes palestiniennes. Les deux groupes ont eu beaucoup de mal à se défaire de leur propre identité culturelle et de raconter l’histoire de ceux d’en face. Certaines devaient toujours à nouveau rajouter des phrases comme : «On ne peut dire cela comme cela, ce n’est pas vrai », d’autres essayaient d’expliquer : « ce n’est peut être pas vrai, c’est leur vérité, c’est ce qu’on nous a demandé de décrire, peut importe si nous sommes d’accord avec. » Beaucoup de femmes ont remarqué qu’elles connaissaient aussi peu l’identité culturelle des autres que leur véritable histoire, parce qu’elles ont toujours été habituées à entendre les mêmes récits. L’identité culturelle ne reflète qu’un aspect de la vérité historique. Lors de  la recherche de la vérité, les femmes ont dû vérifier la véracité de leur récit, et le cas échéant revoir leur copie. C’est un grand défi que de corriger sa propre « vérité », et cette révélation peut être un choc.

Lorsque j’ai découvert ces deux identités culturelles, j’ai remarqué que les deux récits constituent les obstacles à la réconciliation parce qu’ils reposent sur des bases différentes. De là viennent bien des malentendus dans les discussions israélo-palestiniennes.

L’identité culturelle israélienne se base surtout sur des interprétations théologiques de la Thora et de la Bible, qui sont toujours à nouveau mises en avant par des Juifs religieux, laïcs et messianiques, dès l’apparition d’un nouveau conflit. On dit, que pour que des discussions de paix puissent aboutir, il faut au minimum une base commune qui unit les protagonistes pour permettre une réconciliation.  Entre chrétiens, notre base commune est la foi en Jésus-Christ, notre Sauveur. C’est pourquoi, nous appelons la première phase de la réconciliation la phase « Alléluia ». C’est là que nous nous retrouvons en tant qu’Israéliens et Palestiniens, parce que nous sommes frères et sœurs en Christ et parce que nous croyons que Dieu nous a demandé de nous aimer et de nous pardonner les uns les autres. Nous nous sentons bien dans notre foi qui nous unit, même si d’autres sujets risquent de nous diviser. Cependant, notre foi peut devenir une pierre d’achoppement lorsque nous parlons de notre identité culturelle parce que les différentes interprétations nous y conduisent selon que nous nous sentons exclus ou non des promesses divines. Des croyants des deux côtés me disent souvent que nous devrions non concentrer sur notre foi, et ne pas nous occuper du conflit qui nous sépare, cela nous permettrait de nous réconcilier plus facilement. Mais, si nous croyons en des interprétations théologiques différentes, il ne pourra pas y avoir de réconciliation. Il nous faut nous unir sur une seule théologie de la réconciliation.

En tant qu’êtres humains, nous ne pouvons pas nous affranchir du conflit qui nous entoure. Nous sommes partie prenante de l’identité culturelle de notre propre peuple, et influencés par la théologie, le jeu des puissances, les sentiments de colère et de douleur, les diverses accusations dont nous sommes l’objet et le sentiment de culpabilité. Tout cela ne disparait pas simplement parce que nous croyons en Christ, mais cela influence fortement notre comportement.

J’observe, que chaque fois que des croyants se retrouvent, et cela s’est à nouveau vérifié lors de cette conférence, que chaque « camp » prétend posséder la vérité toute entière. Lorsque la discussion a commencé les accusations ont été un des points essentiels. Une participante disait : « Il est important de parler de nos problèmes, et d’établir une base, qui tiendra ferme en cas de difficulté. »

L’identité culturelle palestinienne est basée sur une mentalité de persécuté et de recherche de justice. Le peuple palestinien, durant toute la durée du conflit israélo-palestinien,  a subi beaucoup de pertes et vécu bien des moments de deuil, et cela est encore vrai aujourd’hui. Une participante israélienne a déclaré : « La souffrance palestinienne est bien plus grande que la nôtre. »  Mais dans tout conflit il y a des victimes des deux côtés, et la douleur doit être reconnue également de part et d’autre. Demeurer dans une attitude de persécution paralyse, et cela exige toujours que quelqu’un soit la cause de sa propre douleur, il devient alors impossible de percevoir la souffrance de l’autre.

Lors de nos entretiens, pratiquement toutes les femmes ont admis que la guerre a provoqué la douleur et le deuil dans leur vie. Lors des divers témoignages des unes et des autres, des questions ont été posées : « Que puis-je faire pour atténuer cette souffrance ? » Nous entendons si souvent les mots accusation, peine, excuses, regret, pardon, et peut-être que nous nous focalisons sur une de ces notions. Pas une seule de ces femmes n’a dit qu’elle recherche des excuses, ou bien qu’elle demande que quelqu’un comprenne sa peine et demande pardon. Ce qu’elles ont souhaité, c’est de pouvoir s’exprimer et d’être écoutées. Sois attentive à ma douleur, à ma souffrance, à ma vérité et à mon histoire. Accepte mon récit comme étant ma douleur, ma souffrance, ma vérité et mon histoire. Tu n’a pas besoin d’être d’accord, mais accepte-le. Nous aimerions simplement de la compréhension. Nous sommes si imprégnées de notre mentalité de gain et de perte, qu’il est facile d’imputer la cause de ma douleur aux autres,  et ainsi d’en oublier la compassion. Ce week-end féminin a entièrement été consacré à l’écoute, pas en vue d’approuver ou de contester, mais pour écouter et se respecter.

 

Constructeurs de ponts : Réflexions au sujet d’expériences vécues par ma fille

Chers amis du projet « Constructeurs de ponts »,

J’aimerais simplement vous remercier pour tout le travail et votre courage.

Je viens de passer 2 heures et demie à table avec ma fille, de retour du second stage des « Constructeurs de ponts ». C’était un de ces moments, durant lesquels, en tant que Maman, nous recevons un grand cadeau, je n’ai pu qu’écouter. Elle m’a décrit les histoires israélienne et palestinienne de telle manière, que j’ai eu l’impression qu’elle s’est identifiée à chacun des groupes. Elle m’a raconté comment elle a pu être très proche des uns et des autres, que ce soit au travers des rires et des larmes. Elle a évoqué des exposés qui lui ont ouvert les yeux. Elle a appris ce que voulait dire la liberté en Christ. Elle a réalisé que dans sa classe, il y avait des ennemis qu’elle se devait d’aimer, tels que des jeunes qui ont malmené sa copine. Je pourrais en raconter davantage. J’écris ces quelques lignes simplement pour vous dire que votre enseignement, la communion, le temps que vous consacrez aux jeunes est un investissement pour l’avenir. J’ai lu quelques commentaires des participants, une jeune fille palestinienne a dit l’été dernier, qu’il n’était pas essentiel d’être palestinienne, son identité première est d’être chrétienne et d’être en Christ. Maintenant, après le second stage, elle a pu déclarer : « Je suis maintenant encore plus au clair au sujet de mon identité, bien plus qu’auparavant. » Une autre participante : « Je suis maintenant plus à l’aise dans mon identité palestinienne, et Dieu me permet vraiment d’accepter ce que je suis », et elle a ajouté : « Il est devenu clair pour moi, que nous en tant qu’arabes palestiniens,  nous pouvons être un pont entre les Israéliens et les Palestiniens, parce que nous appartenons aux deux communautés, nous comprenons les deux cultures et nous parlons les deux langues. » Il ne nous est pas seulement permis d’être ce que nous sommes, mais Dieu nous aime aussi au travers de ce que nous pouvons faire. Si nous pouvons assumer notre identité et nous y sentir à l’aise, notre vie aura un rayonnement dans notre société.

Que vous soyez bénis, vous les faiseurs de pax, vous qui êtes prêts à vous laisser utiliser par Dieu pour apporter cette Paix de Dieu aux hommes, à ceux qui se croient marqués par le destin. Cet engagement signifie aussi un gros investissement en temps, du temps que vous ne passerez pas en famille ou avec vos amis, cela peut aussi vouloir dire des déceptions, un travail intense. Mais, chers frères et sœurs, cela en vaut la peine. Merci pour tout,

Amitiés,

Jorunn

 

 

Nouvelles de la famille Munayers

Bonjour à tous nos lecteurs !

Le 23 avril dernier, Salim et moi avons fêté nos 23 ans de mariage ! Chaque semaine nous sommes en route pour marcher et pour parler ensemble – Fitness et communication. Nous courrons et je parle : Salim acquiesce par des « hmm ». J’ai eu 50 ans et on m’a fait une belle surprise à l’école Talitha Kumi à Beit Jala : une petite fête dans un des rares endroits où nous pouvions être ensembles avec mes amis palestiniens et israéliens. J’ai eu quelques soucis de santé à cause d’une infection virale des poumons et des sinus, cela a duré 4 semaines. C’était ma première pneumonie, une expérience plutôt désagréable. Je continue à tousser. Durant les dernières semaines, j’ai organisé quelques bazars, j’ai terminé mon cours de bienêtre (malgré la maladie), j’ai accompagné quelques femmes pour l’activité « Color Me Beautiful » (CMB) chez nous à la maison, j’ai aussi été à Ramallah avec CMB. Par ces activités je suis beaucoup en route et je rencontre des gens de tous les milieux.

Jack a passé une semaine à la maison durant les vacances de Pâques, il poursuit ses études d’arabe en Jordanie. Il s’est laissé pousser la barbe, une barbe rousse… En août, il participera au séjour dans le désert organisé par Musalaha avant de partir en Angleterre en octobre pour des études de sociologie et de psychologie à York.

Examen sur examen, on n’en voit pas la fin… Encore deux mois à tenir, et ce sera fini… Daniel veut passer son permis de conduire en Angleterre et a encore d’autres démarches à terminer avant de revenir au pays. Son projet est de commencer une école de disciples en septembre aux USA  à Colorado Springs avec Jeunesse en Mission. Après cela, il y aura un stage pratique en Thaïlande ou en Chine pendant 2 mois. Comme déjà auparavant pour Daniel, nous aimerions vous demander un soutien financier en sa faveur. Si vous êtes intéressés, vous pouvez me contacter  à l’adresse suivante : kayg@netvision.net.il. Le coût global, y compris le prix des vols est d’environ 5000$.

John sera de nouveau à la maison à partir de septembre. Il s’entraine 5 fois par semaine (natation) et prépare ses examens pour la fin de la 10ème classe. Il participera également au voyage dans le désert avec Musalaha cet été. Durant ma maladie, Daniel et John ont été particulièrement attentionnés à mon égard, ils ont fidèlement porté tout ce qu’’il fallait dans notre escalier de 45 marches ! Peut-être veulent-ils être considérés comme des hommes grands et costauds, … ou bien ont-ils un cœur tendre, - ou bien les deux à la fois?

Sam continue son entrainement de natation, et partira en Septembre à la même école que John. Il aime bien les grasses matinées et soupire quand on lui demande de faire quelque chose. Il pousse de profonds soupirs et nous regarde avec une expression à faire pitié. Il y a là des signes évidents de crise d’adolescence ! Il vaudra mieux de rester hors d’atteinte durant les 4 prochaines années ! Allons, courage, pour la suite !

Susu, notre oiseau de compagnie, se prépare pour l’été.

Hier soir, Salim et moi avons essayé de trouver des vols « pas chers » sur Internet pour cet été. Nous nous sommes donnés du mal, et n’avons pas fait attention aux divers commentaires de nos jeunes ! Eh bien, nous aussi, nous y sommes arrivés ! En août, nous partirons à cinq pour l’Angleterre. Le mois d’août parait encore lointain, d’ici là, il ya encore pas mal d’examens et de compétitions de natation, de travaux d’écriture et de vaccinations pour Daniel, les préparatifs pour Jack en vue de son entrée à l’université, et pour nous encore beaucoup de travail et de services !

Je vous demande, d’examiner la demande de Daniel dans la prière. Voilà, c’est tout pour aujourd’hui !

Merci beaucoup pour votre intérêt pour notre famille et pour notre travail !

Kay Munayer, au nom de toute la famille !

 

 

Lettre de nouvelles Mars 2010

 

Vie transformée en plein conflit

Jonathan McRay

La dame de l’office du tourisme de la porte de Jaffa me tend le plan en couleur de la vieille ville de Jérusalem. « L’Eglise de l’Alliance est là », me dit-elle en répondant à ma question. Son doigt indique un quartier éloigné de quelques blocs de maison. Je sors dans la rue. C’est une journée illuminée et rayonnante. Je suis reconnaissant pour chaque occasion qui m’emmène dans la vieille ville. La diversité qui circule ici est fascinante. Des Juifs, des Musulmans et des Chrétiens se pressent épaule contre épaule pour aller prier à la synagogue, à la mosquée ou à l’église. Le monde entier se promène dans ces ruelles.

Une fois que j’ai trouvé l’Eglise de l’Alliance, son pasteur principal Jack Sara m’invite dans son bureau en me souhaitant la bienvenue. Mazzem, l’autre pasteur, nous apporte du thé au thym. Jack a grandi dans ce quartier au sein d’une famille catholique romaine très traditionnelle et formelle. Il avait quinze ans lorsque la première Intifada a commencé. « J’ai participé de tout cœur à ce que les enfants faisaient », raconte-t-il. « Nous avons fait des graffitis, hissé le drapeau palestinien et distribué des tracs pour notre indépendance. Tout ce que nous faisions était illégal ; j’étais au moins sept fois en prison. Pas pour longtemps, mais en prison quand même. »

Jack a adhéré au parti communiste. Celui-ci était très aimé par la jeunesse palestinienne. Mais, dit-il, il n’avait plus le sentiment d’avoir un but dans sa vie. « C’était un cercle vicieux permanent et cela m’a amené à réfléchir à propos de ma vie. Voulais-je cela pour ma vie ? Protester, être arrêté, être tabassé par l’armée et la police secrète, puis être libéré, protester à nouveau, être arrêté et tabassé. Cette spirale infernale ne s’arrêterait donc jamais… En 1991, je suis sorti pour la dernière fois de prison – et je voulais trouver autre chose. Je devais trouver une meilleure façon d’aider mon peuple, peut-être par l’instruction et les conseils. »

« J’avais un voisin », poursuit Jack, « qui était chrétien. Sa vie m’avait toujours impressionné. Il était pasteur. Nous avions de longues discussions chez lui à la maison. Et finalement, j’ai accepté de croire. Ma vie a changé de façon drastique et très rapidement. Tous mes amis croyaient que j’étais devenu fou, parce que j’avais changé de façon si radicale. Je vois encore les liens entre la religion et la politique. J’aime mon peuple. Mais j’ai dû changer ma conception de la justice. Je travaille encore à la justice et à la miséricorde. »

Par ses relations avec le pasteur, Jack a entendu parler de Collège Biblique de Bethlehem et il y a été admis. Un de ses premiers enseignants était Salim Munayer qui l’a invité au premier voyage Musalaha à travers le désert. Mais Jack hésitait. Il portait au fond de lui une haine profonde contre le peuple juif. « Je crois que je les haïssais vraiment. Mais je n’ai pas grandi ainsi. Ma famille n’a pas cultivé la haine ; on me l’a inculquée par après. Mon père était électricien et a travaillé pour une entreprise israélienne. Il avait beaucoup d’amis juifs qui venaient nous voir à la maison et manger chez nous… avant l’Intifada. La prison et l’Intifada m’ont changé. »

« Et les interrogatoires », ajoute-t-il à voix basse. « J’en ai encore des cicatrices. Comment peux-tu gérer cela à quinze ou seize ans ? J’ai tout emmagasiné et la haine aussi. Je suis sorti de là, j’ai protesté et je ne me suis pas soucié de savoir si des balles volaient ou non. J’aurais pu réfléchir à ce qui se serait passé si j’étais mort. Mais rencontrer des personnes de l’autre camp qui réfléchissent également, cela m’a transformé. En vérité, je ne savais pas exactement ce qui m’attendait lors de ce voyage Musalaha ; je croyais qu’il n’y avait que des personnes du Collège Biblique. Je ne savais pas du tout qu’il existait des Juifs qui croient en Jésus. 

La plupart du temps, j’ai parlé avec Evan Thomas, un pasteur messianique de Netanya. Cela m’a transformé. Evan était tellement gentil. Dans le désert, nous avions peur et nous étions dans l’insécurité. Les autres éprouvaient la même chose que moi. Nous avons parlé afin de surmonter la peur. J’étais encore lié par beaucoup de choses dont je devais être libéré. Le plus important était de cultiver les relations. C’est plus que de rester simplement en contact avec Evan. J’ai prêché dans sa communauté et nous avons eu d’autres pasteurs messianiques sur notre chaire. »

L’Eglise de l’Alliance fête ses soixante ans. Encouragé par le pasteur qui habitait sa rue, Jack s’est joint à cette communauté et il a très vite accompagné les chants au synthé. Entre-temps, beaucoup de personnes qui n’habitent pas la vieille ville viennent au culte et certains membres de la communauté ont participé à des voyages Musalaha.

« Je pense que Musalaha fait un très bon travail de suite », dit Jack. « Le fait que les relations aient continué après le voyage a beaucoup contribué à ma transformation. Il y a un grand fossé entre nos peuples, mais je dois vouloir le changement. Si tu ne viens qu’une fois en visite, tu ne le vois pas. Mais si tu viens plus souvent, tu vois que dans le pays, il y a eu beaucoup de changements – souvent vers le pire. Peut-être pouvons-nous aussi contribuer à un changement positif. »

Jack Sara est membre du comité Musalaha.

 

 

Musalaha : différentes facettes

 

Travail parmi les femmes, Louise Thomsen

En période de conflit, la voix des femmes a souvent beaucoup d’influence et de force, mais dans notre société dominée par l’homme, cette voix est souvent ignorée ou mise de côté. Lors d’un conflit, les femmes ne sont pas seulement des victimes, mais elles sont aussi à l’origine des changements car elles font preuve de courage, de don de soi, de fermeté, de tolérance, de compassion, de pardon et elles ont des solutions pratiques. Musalaha offre aux femmes israéliennes et palestiniennes un forum pour se rencontrer, se réconcilier et leur apprend par un entraînement adéquat de jouer un rôle-clé de responsable pour aider à la réconciliation de leurs communautés. Des centaines de femmes palestiniennes et israéliennes se rencontrent dans des petits groupes organisés sur un plan national, régional et local.

 

Groupes nationaux

Des groupes constitués de dix femmes israéliennes et palestiniennes se réunissent pour discuter de questions difficiles et pour être formées comme responsables. Les groupes se retrouvent quatre fois par an. En ce moment, Musalaha a six groupes et chaque année, un nouveau groupe se rajoute.

 

Groupes régionaux et locaux

En Israël et dans les territoires autonomes de Palestine, des groupes de cinquante femmes se retrouvent chaque mois. Les femmes se forment dans la réconciliation et parlent des problèmes de leurs régions. Les femmes sont formées pour être capable de jouer un rôle actif dans les questions sociales en organisant des camps d’été, des journées pour handicapés, des actions pour des personnes nécessiteuses. En ce moment, Musalaha a trois groupes régionaux et cinq groupes locaux.

 

Le « troisième côté »

Ce groupe est composé de femmes qui ne sont ni Juives ni Palestiniennes, mais qui résident de façon durable dans le pays soit pour des raisons professionnelles, soit par mariage. Elles sont concernées par le conflit et ont une possibilité unique d’œuvrer comme bâtisseuses de ponts entre les deux parties. Ces femmes se retrouvent trois fois par an et se rencontrent deux fois par an avec les groupes nationaux.

 

Comité musulmano-chrétien

En 2009, nous avons étendu notre travail parmi les femmes afin de promouvoir le dialogue avec des femmes d’autres confessions pour augmenter la compréhension et bâtir des ponts entre les différentes communautés. Ce projet a pour but de rendre les femmes capables d’initier un dialogue avec l’autre parti. Un groupe composé de sept musulmanes et sept chrétiennes de Bethlehem se rencontre une fois par mois afin d’échanger et de travailler au bien de leur communauté. En 2011, nous aimerions y inclure des femmes juives.

 

Projet de développement

Les femmes commencent un nouveau projet à Bethlehem qui doit profiter à toutes les femmes désavantagées quelle que soit leur appartenance religieuse, en leur proposant un accès à la formation, un atelier sur les droits des femmes et de l’aide sociale.

 

Jeunes adultes, Nussi Khalil

Les jeunes adultes sont à un tournant de leur vie, ils prennent des décisions, fortifient leurs valeurs et apprennent à prendre position pour ce qu’ils croient. Le programme pour jeunes adultes offre une plateforme pour des relations, des échanges, le deuil et le pardon.

 

Bâtisseur de pont

L’été passé, un groupe de jeunes adultes Norvégiens, Palestiniens et Israéliens se sont retrouvés en Norvège. Cette année, ils poursuivront leur travail de réconciliation en faisant ensemble un voyage à travers le désert. Pendant la fête de la Pâque, les jeunes se pencheront plus particulièrement sur le conflit israélo-palestinien.

 

Travail de suite

Beaucoup des jeunes adultes qui cheminent depuis des années avec ce thème de la réconciliation ont approfondi la question de leur identité. Ils s’envoleront en mai pour la Chypre afin de creuser ce thème encore davantage.

 

Sound and Sand (Son et sable)

Des jeunes adultes Israéliens, Palestiniens et Américains vont vivre ensemble un temps fort : en 2010, ils camperont, feront des randonnées, apprendront ensemble. Ils parleront aussi dans des églises dans l’Etat de Washington. En 2011, ils prévoient de marcher ensemble deux semaines dans le désert du Wadi Rum en Jordanie. L’objectif : dormir sous les étoiles, apprendre à dépasser les barrières culturelles, communiquer, vivre la réconciliation, la peur et le pardon.

 

Relations publiques, Joshua Korn

En ce qui concerne les publications, nous avons un projet très intéressant. Salim Munayer écrit un livre en collaboration avec Akiva Cohen sur la théologie de la réconciliation. Il travaille en outre à la deuxième édition du livre La Bible et le Pays en collaboration avec Lisa Loden. Nous espérons que ce livre paraîtra encore cette année. Il est composé d’une série d’articles de Juifs messianiques israéliens, de Chrétiens palestiniens et de Chrétiens de l’Occident.

Nous travaillons aussi à un projet de livre qui passionne Jonathan McRay depuis quelques temps. Il a interviewé ces derniers cinq mois beaucoup d’Israéliens et de Palestiniens qui ont cheminé avec Musalaha et a ainsi collectionné une série de récits.

Pour finir, l’équipe Musalaha a travaillé ces derniers mois sur une sorte de curriculum de la réconciliation. Nous sommes au milieu de ce projet qui demande beaucoup de documentation et de travail d’écriture. Ce livre doit être un manuel d’entraînement qui servira à la formation de femmes responsables, mais qui doit aussi être utilisable par d’autres organisations qui partagent notre vision.

 

Entraînement des jeunes, Shadia Qubti

Notre travail s’étend à tout le pays. Le Seigneur nous a ouvert des portes pour former des responsables de jeunes palestiniens et israéliens. Nous aimerions les former pour qu’ils initient des changements en Galilée. Lors de leur formation, ils doivent organiser un voyage d’étude pour des jeunes ayant pour thème les liens historiques et religieux du pays. Ainsi, les jeunes doivent apprendre à s’intégrer dans leur propre société. Ils doivent également participer à un projet « médias » en réalisant un documentaire sur la vie des jeunes et qui montrent les défis et les avantages de la vie de la minorité palestino-israélienne en Israël.

Outre l’influence de la culture de la jeunesse mondialement répandue, les jeunes sont également sous l’influence de la culture palestinienne, arabe, israélienne et islamique. En conséquence, leurs vies sont marquées par les drogues, l’alcool, la nicotine, la violence et les conduites à risque. Ils sont pleins de colère, de frustration, d’amertume et de révolte. Ils sont dans un dilemme moral et éthique. Ils visent l’individualisme alors que la société et la tradition prônent le communautarisme. Les Palestiniens n’ont pas les infrastructures nécessaires pour gérer ce conflit. Comme les Palestiniens israéliens sont le lien naturel entre les deux sociétés israélienne et palestinienne, il est important qu’ils apprennent à être les ambassadeurs du changement dans leurs communautés locales, puis dans la communauté plus large.

 

Travail parmi la jeunesse, Tamara Kuttab

Les jeunes d’aujourd’hui sont les dirigeants de demain. Ils déterminent notre avenir. C’est pourquoi il est important de les former afin qu’ils aillent vers « l’autre » qui est considéré comme l’ennemi par leur communauté, et qu’ils développent des relations avec lui. Les jeunes sont une part de la société israélienne et palestinienne. Grâce aux contacts avec Musalaha, ils doivent apprendre l’importance d’agir de façon morale et éthique.

 

Voyage dans le désert

Cette année, au printemps, nous partons avec un groupe de jeunes de 13 à 15 ans dans le désert. Au programme : construire des relations, faire du chameau, des randonnées au sommet du Néguev. Nous allons étudier la vie de Joseph et discuter ensemble.

 

Entraînement en Cisjordanie

En préparant cet entraînement il y a deux ans, nous avons remarqué qu’il existait des groupes de jeunes en Cisjordanie, mais qu’il leur manquait des responsables. Afin de mieux servir ces jeunes, nous pensons qu’il est indispensable de former des jeunes dans des thèmes comme la réconciliation, la non-violence et la tolérance afin qu’ils deviennent des responsables forts et ambassadeurs du changement. En 2008 et 2009, nous avions presque soixante participants à nos cours de débutants. Ces mêmes personnes participent maintenant au cours suivant.

 

Travail parmi les jeunes en Cisjordanie

Les responsables des jeunes qui ont été formés l’an passé s’occupent d’un programme qui sensibilise les jeunes à la formation, la culture, la démocratie et les questions sociales. Cela doit les inciter à faire profiter de leurs connaissances la communauté. Dans la société palestinienne, ces thèmes ne sont pas assez traités de manière officielle. Pourtant, cela est primordial pour la formation et le développement de la société palestinienne.

 

Camp d’été

Les enfants sont les réconciliateurs de la prochaine génération. Ils peuvent apprendre ce que cela signifie de grandir dans une société sans haine qui est omniprésente dans leurs communautés. Le camp d’été permet à des enfants palestiniens et israéliens de devenir des artisans de paix dès leur plus jeune âge. Ils ont la possibilité de vivre la tolérance, la réconciliation et l’amour, en apprenant de la Bible dans un cadre neutre, amical et joyeux.

 

 

Voyages d’étude

Rapports de participants à des voyages d’étude Musalaha

 

Steve Openshaw, Bolton/Angleterre, Eglise St Pierre

Ce voyage a ouvert les yeux aux participants pour les choses merveilleuses que le Seigneur accomplit dans les territoires israéliens et palestiniens en utilisant des personnes et des organisations. Pour certains, ce voyage était aussi un voyage spirituel. Je suis sûr que ce voyage laissera des marques indélébiles.

 

Mary Pandiani, Chapel Hill Presbyterian, Washington, USA

En passant dans les rues de Bethlehem, en participant à des cultes messianiques, nous étions dans deux mondes. Grâce à Musalaha, nous avons reconnu la nécessité de créer des liens entre ces deux mondes. Des camps de réfugiés, des colonies, des gardes, la police, l’Holocauste et la Nakba – le conflit semble écrasant. Une simple réponse banalise la détresse existante. Mais au milieu de tout cela, le message de réconciliation de Christ donne de l’espoir. C’est vraiment la seule réponse possible. Musalaha permet à toutes les parties concernées d’exprimer la douleur et la souffrance : Juifs, Chrétiens, Musulmans, Palestiniens, Israéliens. En même temps, Musalaha obéit à l’ordre divin : nous devons nous réconcilier entre nous comme Christ nous a réconciliés avec Lui.

 

Sheri Blackmon, Oak Park, Californie, USA

La plupart des Américains qui visitent la Terre Sainte ne rencontrent jamais un Chrétien palestinien et manque ainsi un aspect important de ce qu’Israël a à leur offrir. Nous avons passé une semaine à faire la connaissance de Chrétiens juifs et palestiniens dans un camp d’enfants. Puis, nous avons voyagé à travers le pays pendant une semaine. C’était en partie un voyage axé sur les sites bibliques, mais les derniers jours étaient étranges : nous sommes restés à Bethlehem et avons pu profiter de l’hospitalité du Collège Biblique de Bethlehem. Plus d’une fois, nos yeux se sont ouverts lors des conférences ou des rondes. Ce qui m’a le plus impressionnée, ce sont ces longs couloirs qui marquent la frontière. Nous étions en chemin vers le bus pour Jérusalem, au même moment où les employés palestiniens revenaient de leur travail à Jérusalem. J’ai ressenti quelque chose de cette séparation permanente de leurs voisins juifs, des contrôles de sécurité et des traitements inéquitables en ce qui concerne leurs droits comme l’accès à l’eau. On peut seulement mesurer l’impact du morcellement du pays pour donner plus de place aux colons juifs et la volonté de séparer les clans ennemis, une fois qu’on l’a vu de ses propres yeux. J’ai été inspirée par le courage et la conviction des Chrétiens des deux côtés au sein de leurs difficultés quotidiennes. Ce qui m’a particulièrement étonnée, c’est que les Chrétiens américains ne voient pas les Chrétiens palestiniens et je veux faire ce que je peux pour que cela change.

 

Chuck Orrestad, Groupe CISF

Le voyage nous a donné beaucoup d’informations et nous a ouvert les yeux. La partie la plus difficile de notre programme était la partie intellectuelle, théologique (concernant le pays) et émotionnelle. Le voyage vers la Galilée à la fin du séjour était le bienvenu. Le voyage paisible nous a donné l’occasion de nous reposer et de digérer une partie de ce que nous avions entendu. Galilée donne une atmosphère de paix et de sérénité, un vrai contraste avec nos journées en ville et le programme d’étude très costaud.

 

John Nitta, Ev. Free Fullerton, Californie, USA

L’entraînement avec Musalaha était génial et bien pensé. Les étudiants ont profité du temps avec Salim et étaient encouragés d’entendre ce qu’il avait sur son cœur. Le consensus était unanime : ses conférences ont bien préparé les auditeurs à comprendre le conflit.

 

Lance Brown, Chapel Hill Presbyterian, Washington, USA

Je suis si reconnaissant pour tout ce que Musalaha a fait pour que ce voyage soit une expérience inoubliable – pour l’engagement personnel de chacun pour dénouer l’embrouillamini dans ma tête et mon cœur. J’espère que cela est plus qu’une simple expérience qui me permet de lire le journal autrement.

 

Brigitte, Service Philippe, Allemagne

Ce qui m’a profondément touchée, c’est l’histoire d’un jeune homme qui a été totalement transformé lors d’un voyage dans le désert organisé par Musalaha. Auparavant, il lançait des pierres, maintenant il reconnaît qu’une réponse paisible est plus nécessaire que la violence. Nous voyons que cela est possible à cause de la transformation opérée par la grâce de Christ.

 

Nouvelles de la famille Munayer

 

Bonjour tout le monde !

Jack (20) étudie l’arabe à Amman jusqu’à fin juin. Durant les sept mois qui séparaient son engagement chez JEM de ses études, il a pris plusieurs engagements de garde d’enfants, a postulé auprès de quatre universités en Angleterre et a été accepté. Il a passé les examens en anglais du TOEFL et du SAT (ce sont deux examens d’anglais qui montrent que le candidat a le niveau en anglais requis pour faire des études en langue anglaise). À long terme, Jack veut étudier la psychologie et la sociologie en Angleterre.

 

Daniel (18) est majeur et conduit la voiture sans que son père ou moi sommes nerveux. Dans sa catégorie d’âge, il a gagné la médaille d’or à la course des 5000 m de Jérusalem et s’est qualifié pour le championnat régional. Son frère John a également remporté la médaille d’or de sa classe. Lors du championnat régional, Daniel est arrivé 13ème – ce qui est fantastique car il ne suit pas d’entraînement.

Jusqu’en juin, Daniel a plusieurs examens. Il pense aller également à JEM. Il est très proche de la communauté et tient beaucoup à son groupe de jeunes (Néria). Il devient un jeune homme exceptionnel et devient un grand témoin de sa foi.

 

John (16) passera les examens de fin de cycle après la dixième année. Il travaille (de façon forcée) ses cours d’histoire. Il a profité du championnat avec Daniel. John est arrivé 15ème – ce qui est également remarquable. De plus, il participe au championnat national de natation.

John a une foule d’amis chrétiens qui habitent assez loin. C’est pourquoi, il est souvent sur Facebook et pendu au téléphone.

 

Sam (12) a enfin le droit d’être assis devant en voiture ! Il a attendu ce moment avec impatience… d’être sur un pied d’égalité avec ses frères. Il est en dernière année d’école primaire et en automne, il ira au collège. (Il ne peut presque plus attendre.) John sera là pour garder un œil sur lui.

Sam s’est qualifié pour quatre championnats nationaux de natation. La natation occupe une place importante dans sa vie et il souhaite vraiment grandir pour être plus fort.

 

Salim : Voyages prévus aux USA et Canada (décalages horaires au programme). Il aligne des chiffres, calcule, secoue la tête. La cause ? Les préparatifs pour les études de Jack et l’année de Daniel à l’étranger. Un peu plus vieux, un peu plus chauve, un peu plus fatigué, mais aussi un peu plus mince !

 

Et me voilà, moi Kay : toujours occupée avec les femmes du « troisième côté », Alpha 2, mon bénévolat dans des organisations de bienfaisance, chauffeur de taxi pour les enfants, écrire à Jack, le travail quotidien d’une esclave au foyer et un cours de bien-être.

 

Merci beaucoup de nous lire !

Kay Munayer

 

 

 

Lettre de nouvelles Décembre 2009

 

Musalaha : 20 ans de service fructueux, ça se fête !

A la fin de 1988, pendant que nous deux prenions part à un programme de formation de responsables locaux, Salim Munayer vint me voir en me parlant d’une vision qu’il avait reçu de la part de Dieu, disait-il. Pendant qu’il m’expliquait en gros son appel biblique pour un travail de réconciliation entre nos deux peuples, mon cœur se mit à battre de plus en plus fort. Et lorsqu’il m’a demandé de travailler avec lui à des initiatives concrètes dans ce sens, ma réponse a été immédiate : OUI ! Peu après l’œuvre de Musalaha a été crée, avec des structures simples : Salim en tant que directeur + un comité composé de juifs messianiques et d’autant de palestiniens chrétiens. Ce principe de direction équilibrée a été la caractéristique de Musalaha dès le départ, et l’est toujours.

 

Il y a 25 ans, la notion de réconciliation n’était un des thèmes principaux pour les chrétiens de ce pays. Les églises arabophones et de langue juive avaient des contacts sporadiques. Cela a changé au début de la première intifada (révolte des Palestiniens) : de jeunes soldats juifs messianiques ont été confrontés à ces troubles, de même des chrétiens palestiniens qui se voyaient régulièrement brimés et soumis à l’occupation militaires israélienne ont rejoint les insurgés. Le fossé entre les deux communautés a grandi, et l’appel du Seigneur pour l’unité de plus en plus actuel.

 

Musalaha proposa dès cette période son premier voyage dans le désert avec des jeunes adultes des 2 camps, plus tard avec des responsables chrétiens plus âgés, hommes et femmes. Nous avions quitté la sécurité et le confort de notre maison, le désert est devenu notre rude « salle de cours » où nous nous rencontrions souvent pour la première fois d’égal à égal. Ces premiers jours ont été très formateurs pour nous : nous avons appris à prier ensemble, à lire la Bible ensemble à construire de nouvelles relations. Ce furent les fondements solides pour l’œuvre multi facettes de Musalaha.

 

Ces voyages dans le désert, de 3 et 5 jours qui nous avions organisés durant les premières années nous ont permis de construire un espace de protection autour de nous. Cet espace est fondamental pour tenir ferme face aux défis  d’un tel travail, lorsque l’on parle des thèmes délicats tels que les conflits et les obstacles à la paix. Tous ceux qui ont décidé de continuer ce travail formèrent un cercle de responsables fiables avec une même vision pour œuvrer pour l’unité des communautés et la paix. Des deux côtés, il y avait dès lors  des équipes qui ont osé s’engager pour la réconciliation plutôt que de prendre part au conflit.

Cette nouvelle dynamique a conduit Musalaha à publier de la littérature, à concevoir et proposer des formations de responsables dédiés à ce travail de réconciliation. Ces efforts ont porté des fruits, même dans d’autres domaines.

 

Les responsables de jeunes des deux communautés peuvent y acquérir ensemble une formation professionnelle de haute qualité. Les camps d’été de Musalaha, ainsi que les autres activités, y compris à l’étranger font partie de ce qui se fait de mieux dans le pays. Les enfants qui ont participé à des camps, nous reviennent souvent par la suite en tant que responsables, cela constitue une bonne continuité. Le travail parmi les femmes a rapidement pris de l’ampleur, à tel point qu’il constitue aujourd’hui la partie la plus importante des activités de Musalaha. Beaucoup de femmes sont actives dans leur entourage, organisent divers évènements, elles ont une grande influence sur les enfants et les jeunes. Il existe un programme très riche proposé par des femmes musulmanes et chrétiennes. Nous espérons qu’en 2010 des femmes juives les rejoindront. Les initiatives sont nombreuses et ont une influence certaine sur les communautés respectives, ce sont là des ponts entre les peuples.

 

C’est un grand privilège de voir comment la reconnaissance du travail de Musalaha  a grandi aux yeux des chrétiens d’autres pays. Notre action avec nos succès (mais aussi nos revers), nos méthodes éprouvées dans un des contextes les plus conflictuels du monde, est devenue un exemple pour d’autres.

 

C’est pourquoi, nous invitons de temps en temps des groupes d’autre pays, pour qu’ils voient comment nous agissons. Tous ceux qui s’engagent à nos côtés pour le travail de réconciliation prennent de plus en plus conscience de la réalité de notre conflit.

 

Pour tout cela, le seul mérite en revient à Dieu : Il nous donne la force de sa grâce dans nos vies, Sa parole de vérité, cette vérité qui change nos vie et celles de nos compatriotes. Le Moyen Orient est une région instable et les communautés de la Nouvelle Alliance ici en Israël et Palestine ne sont pas épargnées par ces conflits douloureux et perpétuels.  Est-ce que Musalaha a-t-il réussi à proposer d’autres solutions que la guerre ? J’en suis persuadé, les fruits de tous ces efforts seront une base solide pour les générations à venir.

 

Evan Thomas / Président du comité de Musalaha

 

 

La réconciliation entre responsables

De Jonathan McRay

Plus de 20 collaborateurs, responsables d’assemblées israéliennes et palestiniennes se sont retrouvés avec leur famille  pour une conférence d’une semaine en Allemagne. C’est là un des moyens de Musalaha : former des responsables d’assemblées des 2 communautés, pour qu’ils soient des « réconciliateurs » dans leurs églises. Musalaha veut prendre ne compte la famille entière, parce que celle-ci constitue le cœur de la société aussi bien en Israël qu’en Palestine. Si une famille réconciliée parle de réconciliation, cela pourra provoquer des changements.

Cette conférence de responsable est le point de départ pour créer un réseau de relations. On ne parlera plus des « autres » et de « notre clan », mais de « nous tous ».

 

La conférence a eu lieu près de Langsteinbacher Höhe du 14 au 21 août 2009.  Ce centre de conférence était idéalement situé et a permis bien des activités de plein air. Chacun a pu réfléchir et exprimer ses pensées et ses sentiments. Sous le regard attentif de Eckard Maier, et à son exemple de service en toute humilité, les familles ont tissé des liens solides,

 

Tous les deux jours, la méthode théorique et la pratique de Musalaha a été proposée lors de cours, d’ateliers et d’activités pour toute la famille. Salim Munayer et le Pasteur israélien Oded Shoshani ont apporté l’enseignement et ont assuré la direction de la conférence. Il y a eu différents modules de théorie et de pratique. Dans un de ces modules il a été question, selon Ephésiens 2, de détruire des murs de séparation et de créer une nouvelle identité, ce qui a été un thème très concret pour bien des familles aux arrière plans très différents. Dans un autre module, on a parlé de la théologie de la réconciliation, qui a ses racines dans la personne de Dieu même ; comme cela est montré dans 1 Jean 4. Les participants ont aussi largement évoqué les sujets socioéconomiques et politiques qui ont une influence sur le processus de réconciliation.

 

En liaison avec le thème de l’unité, nous avons aussi eu un temps d’échange sur les obstacles à la réconciliation et les moyens d’y parvenir. Les participants ont étudié ce que Matthieu dit au sujet du pardon. Cela n’est pas si évident parce que la plupart d’entre nous sont habitués à confondre pardon avec une espèce de regret. Mais Jésus parle d’un pardon impossible à atteindre soi-même, d’un pardon qui n’érige pas le regret en préalable, mais le rend possible.

Bien des personnes ont essayé d’oublier leur douleur, et ont eu du mal a laisser ressurgir ces sentiments amères. Certains furent même surpris de constater combien leur colère cachée était grande. Un responsable palestinien a ainsi réalisé que sa douleur, profondément ancrée dans son cœur avait pour origine la destruction de son village et les dommages causées à son peuple. Les Israéliens et les Palestiniens ont pu expérimenter une purification salvatrice, lorsqu’ils ont été obligés de s’assoir l’un en face de l’autre et de réaliser et de vaincre ces injustices, oppressions et chicanes dégradantes continuelles.

 

« C’était bien d’écouter mes frères d’en face », avoua Rafi Shimon de Rehovot. « Nous n’avions peut-être pas beaucoup de choses à nous faire pardonner à titre personnel, parce que nous ne connaissions pas. Mais nous avons appris à nous pardonner lors de nos entretiens ». Cet homme a expérimenté cela comme un appel à aller plus loin. « Nous devons vivre cela de manière concrète, nous devons construire des relations avec d’autres, nous ne devons pas nous limiter à notre entourage proche, notre rôle est d’en parler partout !  Nous devons aller de l’avant. »

 

Le dernier soir, nous étions tous là pour la Sainte Cène. Les jeunes ont partagé le pain et le vin et l’ont donné aux adultes. Ce saint repas partagé par les juifs et les palestiniens ne fut pas seulement le signe d’appartenance au Seigneur, mais aussi le préalable incontournable à toute communion fraternelle.

 

La réconciliation est le terrain fertile qui permet le pardon, la tolérance est nourrie de la connaissance de la souffrance de son prochain. Pour pouvoir vaincre les anciens préjugés, nous devons arriver à un nouveau type de préjugé : le préjugé de pouvoir aimer l’autre dont nous n’avons jamais vu le visage auparavant, dont nous apprenons à peine le nom et dont nous découvrons l’histoire.

 

 

Représentation de l’histoire des Juifs et des Palestiniens

De Jonathan McRay

A chaque fête de la Pâque, les Juifs se souviennent de la libération de l’esclavage subie en Egypte. Ils racontent comment chaque génération a vu apparaître un homme qui voulait détruire le peuple d’Israël. Mais Dieu les a libérés, et au bout de 2000 ans, les a ramenés dans le Pays Promis, comme il l’avait déjà fait dans le passé.

Chaque année, au mois de mai, les Palestiniens se souviennent d’un autre exode, pas d’une libération mais d’une expulsion quand ils ont été chassés d’un pays dans lequel ils habitaient et où ils avaient leurs racines historiques et religieuses. Toujours à nouveau, les Palestiniens nous rappellent leur présence ancestrale dans ce pays, malgré la présence des Croisés, des Ottomans jusqu’aux Israéliens. « Nous sommes toujours persécutés, et nous n’en sommes nullement responsables ».

 

Les Israéliens et les Palestiniens ont leur perception propre de la persécution, en regard de leur passé historique respectif. Les 4 et5 octobre 2009, dans le cadre du travail de suite de la conférence, 28 jeunes Israéliens et Palestiniens se sont retrouvés et ont raconté et analysé leur histoire selon leur point de vue. Ce fut un essai, qui se révéla être un des moments des plus profonds et des plus intenses.

Le cadre fixé pour ces deux journées par Salim Munayer a été la compréhension de l’histoire. Ainsi cette histoire peut être de la propagande. On y retrouve le passé du peuple, mais aussi une vision de l’avenir et met ainsi en lumière son identité. L’Histoire et les histoires apportent un sens et la guérison, si elles restent ouvertes à de nouvelles perspectives. Mais cette compréhension de l’Histoire peut être faussée, ce qui est souvent le cas, pour justifier une guerre et revendiquer une exclusivité.  Car l’Histoire n’est pas un concept avec une vérité unique, mais c’est bien plus la résultante d’un tas histoires entrelacées et quelques fois contradictoires.

Chaque histoire a au moins 2 facettes, ce qui n’est pas très différent pour l’Histoire. Une histoire est toujours racontée par quelqu’un au travers de sa propre compréhension selon son point de vue personnel. Une version équilibrée peut être trouvée si cette même histoire est présentée par une deuxième personne, les deux récits se complèteront alors.

 

Ce fut un grand défi de présenter l’Histoire aussi bien par les Israéliens que par les Palestiniens. Notre objectif était que chaque communauté présente cette Histoire et reste ensuite ouverte à l’analyse réciproque et à la critique. Deux Israéliens ont présenté le point de vue israélien, l’histoire du peuple juif. Ils ont commencé par leur histoire telle qu’elle est présentée dans les Ecritures, ils ont parlé de l’exil et la vie dans la Diaspora dans les pays étrangers et de leur aspiration à rentrer dans le Pays Promis. Ils ont parlé de l’Holocauste qui a conduit à la création de l’Etat d’Israël. A la fin de leur exposé ils ont ouvertement et honnêtement remis en cause quelques hypothèses fondamentales : la terre d’Israël était un désert inhabité, seuls les Juifs recherchent la paix, ou bien encore qu’il n’y a jamais eu de peuple palestinien.

 

Salim, à son tour, avec passion a présenté l’Histoire selon le point de vue palestinien, expliqua le lien profond de son peuple à sa terre, la douleur de l’expulsion lors de la Nakba.  Ce terme est le mot arabe pour « catastrophe », et désigne l’expulsion des Palestiniens durant la guerre en 1948. Il a aussi été question du profond désir pour les Palestiniens de posséder leur pays et de la souffrance infligée par l’occupation israélienne.

Il raconta comment son père enterra les cadavres de ceux qui ont été tués par des extrémistes juifs pendant la Nakba. Il mit aussi en doute l’avis communément répandu dans la société palestinienne selon lequel les Juifs n’avaient aucun lien religieux ou historique à la Terre Sainte, et déplorait le manque de compréhension de la souffrance des Juifs, particulièrement en ce qui concerne l’Holocauste.

 

Beaucoup ont une compréhension binaire du conflit : ils pensent que leur douleur devient illégitime s’ils reconnaissent la souffrance des autres. Les exposés et la critique ont conduit à des discussions animées sur des sujets délicats. Cela nous a conduits à approfondir notre analyse de l’Histoire.

 

Le dernier module a entièrement été consacré à la réflexion et au dialogue. Ce dialogue a été animé par Evan Thomas. Beaucoup se sont sentis visés, les exposés ont été pénibles à entendre et plusieurs participants ont été blessés ou frustrés. Cette conférence a montré combien il est important de distinguer la réconciliation entre des individus de la réconciliation entre des groupes : ici, nous nous sommes retrouvés, mais demain, nous nous retrouverons dans notre camp et les rapports de force ne seront plus les mêmes. C’est seulement dans la mesure où notre compréhension de l’histoire a été imprégnée par l’histoire des autres que nous pouvons entrevoir la réconciliation, tant au niveau individuel que collectif.

 

Un participant palestinien a été particulièrement touché par l’antagonisme des deux points de vue : « Quelques fois, quand j’assistais à la présentation de l’histoire juive par des juifs, j’étais là, les dents serrées, et pensais : cela ne peut pas en être ainsi ! Puis, lorsque des Palestiniens présentaient leur histoire, je voyais des Israéliens faire de même. Je pense que si on met  des juifs et des palestiniens, rencontrés dans la rue, ensemble et qu’on leur présente ainsi l’Histoire, les pierres ne tardent pas à voler. »

 

« Talitha Kumi » en langue araméenne veut dire : « Jeune fille, lève-toi ! » On trouve ce récit dans l’évangile de Marc, lorsque Jésus a ressuscité la fille de Jaïrus. Les enfants de Dieu, qui aiment leurs ennemis, doivent entendre cet ordre soufflé à leur oreille, cet appel à la justice et à la paix, cet appel à la vie et au réveil. Précisément lors de discussions animées au sujet de notre identité, nous devons nous souvenir que nous devons d’abord perdre notre identité avant d’en retrouver une nouvelle. Nous sommes venus à cette conférence parce que nous sommes conscients de la nécessité d’un renouveau de la compréhension de notre Histoire. Cette Histoire est celle d’un royaume, d’un chemin qui y mène, d’un festin, d’un royaume ou il n’y aura plus ni homme ni femme, ni pauvre, ni riche, ni Palestinien ni Israélien.

 

 

Constructeurs de ponts

De Nussi Khalil, coordinateur de l’œuvre parmi les jeunes adultes

Un groupe de jeunes adultes, 10 Norvégiens, 10 Israéliens et 10 Palestiniens sont partis, à la fin de l’été, en Norvège pour y commencer leur chemin de réconciliation. Ces constructeurs de pont commencèrent leur séjour par 3 jours de camping à Steilene, une île dans le fjord d’Oslo. Ils furent présentés les uns aux autres, et leur rencontre commença par le montage des tentes, puis plus tard leur démontage, sous la pluie. Dès le départ on leur proposa des activités d’équipe, de communication adaptée à leur culture, de la formation au sujet de la réconciliation, des jeux, des discussions, la prière et aussi des cultes.

 

Nous avons poursuivi le voyage en allant en montagne, à Valdres. Au programme : des exposés sur la peur, le pardon et la force. Durant les veillées nous avons beaucoup appris sur le passé des uns et des autres. Les Israéliens nous ont décrit comment c’était quand ils sont arrivés dans le pays. Les Palestiniens ont joué un mariage, les Norvégiens ont revêtu leurs costumes traditionnels, ont présenté de la musique locale et des jeux.  Nous avons également fait des jeux de rôle, appelés « Le théâtre des opprimés »

 

Pendant ces jeux de rôle, les spectateurs commentaient ce qu’ils voyaient. Pour moi, comme pour d’autres participants, ce fut l’un des points culminants de ce séjour, parce que nous avons pu suivre comment certaines situations ont pu apparaitre et d’en voir les résultats. Nous avons pu nous mettre à la place de ceux qui oppriment ainsi qu’à la place des victimes, et mieux comprendre ce qu’on peut ressentir dans chacun de ces rôles. C’est là que j’ai compris beaucoup de choses, ainsi je peux considérer ces situations difficiles avec du recul comme jamais je n’aurai pensé pouvoir le faire auparavant.

 

Durant le reste du séjour, nous avons visité plusieurs familles à Oslo, nous leur avons parlé de nos expériences. Ce voyage fut une grande bénédiction pour nous, ce fut une grâce de pouvoir partager nos ressentiments et d’en parler avec d’autres. Je suis heureux d’avoir appris à connaître « le théâtre des opprimés ». Nous y avons approfondi notre connaissance mutuelle, ce qui est si important pour nous, « les constructeurs de ponts ». J’espère pouvoir organiser encore d’autres séjours comme celui-ci, et je souhaite qu’il y aura également autant de résultats positifs.

 

Ce voyage fut organisé et soutenu par les œuvres Musalaha, la Société Biblique Palestinienne, le Centre Caspari, le Service Norvégien à Israël et l’Eglise Luthérienne Libre de Norvège.

 

 

Du changement dans la famille Munayers !

- Musalaha fut fondé il y a 20 ans, l’année de naissance de Jack.

- Au cours des années qui ont suivi, la famille a grandi avec l’arrivée de John, et de Sam.

- Jack pourrait étudier en Angleterre, mais il a choisi une période d’études d’arabe en Jordanie. Daniel ira encore une année à l’école. John et Sam sont tous deux des champions de natation dans leur classe d’âge. Salim enseigne toujours à l’Ecole Biblique de Bethlehem et dirige l’oeuvre de Musalaha. Kay est bien occupée avec ses garçons et s’investit aussi dans des oeuvres de bienfaisance.

 

 

Suisse:

Musalaha,
c/o amzi, case postale
CH-4153 Reinach 1
Tél. +41 (0)61 712 11 38
Fax +41 (0)61 712 11 34
E-Mail: info@amzi.org

UBS: 0292-IQ136862.0 («Musalaha»)

Postfinance: 40-33695-4 («Musalaha»)

 

Salim Munayer

P.O. Box 52110
IL-91521 Jerusalem
Tél. 00972 2 672 0376
E-Mail:
musalaha@netvision.net.il
Internet: www.musalaha.org

 

 

 

 

Homepage de Musalaha en Anglais.